Théâtrorama

Un minimum de moyens pour un maximum d’effets, et une chorale qui s’emballe aux rythmes de « bip bip » incessants et de messages laissés sur des répondeurs que l’on oublie toujours d’écouter. Succession de mises en situation via des cubes de carton qui se modulent façon mosaïque, de continents, de voix et de récits qui s’imbriquent, « Phone Tag », pièce radiophonique transposée sur scène, fournit à la compagnie des Aléas une nouvelle occasion de mettre en boîte le théâtre d’Israël Horovitz.

À un bout du fil, d’un côté de l’océan, il y a Christy, son chat Amaryllis, Big Ben et l’aéroport d’Heathrow. À l’autre bout du même fil, de l’autre côté de l’océan, il y a Donald, son chien Figaro, la Statue de la Liberté et l’aéroport John F. Kennedy. La première s’apprête à faire une jolie surprise au second qu’elle aime infiniment en traversant l’Atlantique pour venir passer le weekend chez lui. Le second s’apprête à faire une jolie surprise à la première qu’il aime infiniment en traversant l’Atlantique pour v… La suite, attendue, se perd dans des dédales téléphoniques et des messages qui n’arrivent jamais aux bonnes oreilles.

Du fil à l’embrouillamini, le chemin est aussi court que la distance qui sépare les deux amoureux est grande. Christy et Donald, et toute une panoplie de faux adjuvants pendus aux mauvais combinés, vont de réseaux en réseaux sans jamais que leurs antennes ne se croisent, ou presque. La déconnexion durera le temps d’un weekend et de quelques années hors frais d’abonnement, mais carte mémoire et géolocalisation comprises, soit suffisamment pour dérouler des chapitres et des chapitres d’un roman passionnel et désopilant par répondeurs interposés.

Patouillis dans l’oreillette
Les quiproquos se devinent dès le titre de la pièce, « Phone tag » renvoyant à cette attente trompée qui voudrait que jamais le destinateur ne puisse joindre son destinataire. Le chassé-croisé concernera donc non seulement les personnages mais aussi les possibilités de la représentation elle-même, Adrienne Ollé utilisant la matière de la pièce radiophonique d’Israël Horovitz pour donner corps aux voix. Un métadiscours qui combine sur scène une narration par concaténations, qui mêle apartés et voix off, et qui flirte avec le théâtre d’objets et les références au cinéma. Le dispositif enlevé, servi par des comédiens polyvalents branchés sur du très haut débit, s’autorise également de nombreuses digressions, cherchant ici la complicité du public, commentant là les didascalies et frôlant de toute part les passages improvisés, en kit mains-libres avant l’heure.

Au fur et à mesure que les câbles se déplient, les lignes s’étendent autour des amoureux. Décors, têtes et musiques sortent de leur étui de protection pour s’essayer aux plus loufoques des combinaisons. Car les boîtes vocales initiales, les répondeurs de Christy et Donald, en renferment sur scène une dizaine d’autres, sous la forme de relations à déballer : des boîtes noires d’avions qui ne cessent de se croiser en plein vol, des pièces d’appartements respectifs et de restaurants aux noms évocateurs, des caissons de résonnance des familles et amis du couple, et enfin des caisses de guitare qui marquent les frontières de nouveaux lieux et des messages subliminaux – « New York I love you but you’re bringing me down », « London Callin’ », « I just call to say I love you », « Lucy in The Sky With Diamonds »…

Cinq personnages en quête de textes s’amusent donc à déstructurer pour mieux recombiner les sous-textes, appelant à débloquer une intrigue sujette à un trop grand nombre de liaisons parasites. Les distances ainsi brillamment réduites, il ne reste qu’à suivre ces conversations / conversions en temps réel et en temps théâtral.

Phone Tag
D’Israël Horovitz (trad. Marie-Astrid Périmony)
Mise en scène : Adrienne Ollé
Direction artistique : Léa Marie-Saint Germain
Avec Laura Chétrit, Arnaud Perron, Pierre-Edouard Bellanca, Léa Marie-Saint Germain et Pierre Khorsand
Scénographie : Emmanuel Mazé
Lumières : Victor Veyron
Vidéo et graphisme : Ghislain de Haut de Sigy
Crédit Photo : Compagnie des Aléas

Au théâtre des Béliers Parisiens du 10 octobre 2015 au 3 janvier 2016 les vendredi, samedi et dimanche à 19h

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest