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Pelleas et Melisande mis en scène par Alain Batis

Pelleas et MélisandePelleas et Melisande a tout de la légende médiévale. Un château plein de recoins, des princes et une princesse mais surtout une histoire d’amour impossible. Maeterlinck a écrit une pièce de théâtre, Debussy en a fait un opéra ; Alain Batis nous propose une mise en scène qui nous fait entrer dans un univers onirique où tout sonne comme dans un poème.

C’est près d’une source que Golaud rencontre Mélisande qui s’était perdue dans les bois. Le prince offre un toit à celle qui ne savait pas où aller, qui avait fuit son passé. Il la prend pour épouse ; elle devient comme une mère pour Yniold, le fils de son précédent mariage. Pelleas aime la compagnie de sa belle soeur ; ils passent des heures à jouer et discuter près de la fontaine aux aveugles sans penser à mal. C’est le début d’une romance insouciante ; deux enfants qui se sont enfin trouvés. La langue sensible de Maeterlinck raconte autant l’amour que la jalousie. Elle est ici doublée d’une mélodie au piano et s’accompagne de la plainte du violon. Cet environnement sonore, les lamentations de la voix, donne à entendre au delà des mots. La plainte qui accompagne la mort des amants se passe de commentaires.

On se retrouve toujours au bord de l’eau, elle est partout dans le récit et limite le regard. La mer cerne le royaume et le rythme lancinant des vagues fragilise le château. L’eau est ici suggéré par la lumière qui coule et se répand dans le plateau embrumé. Ce n’est pas la netteté ou le travail des nuances de Bob Wilson mais plutôt le mystère d’une lumière qui filtre à travers les fumées. L’atmosphère est pesante, c’est un piège qui se referme sur Mélisande. Du haut de sa tour, la princesse attire les regards et annonce l’écueil : sirène emprisonné dans un phare. Pauline Masse donne toute la justesse à ce personnage d’enfant perdue. Elle incarne cette femme éprise de liberté prête à laisser tomber bague et couronne et à défaut de lui donner un passé ou même un futur la rend très présente.

Pelleas et Mélisande

Lumineux Pelleas et Mélisande

Le travail de la lumière s’impose avec Pelleas et Mélisande, les personnages ne jurent que par la clarté dans un monde crépusculaire. Les faisceaux des projecteurs dessinent une cartographie mouvante, un royaume aux contours flous. La question du pouvoir semble sous-jacente, mais la pièce traite aussi des affaires de roi. Les préoccupations du mariage, du territoire de la famine esquissent une dimension politique. Le rêve tragique des deux amants se confronte à une cruelle réalité. Alain Batis voit une influence shakespearienne dans ce théâtre symboliste où la passion prime sur la raison. Chaque jour les grands travaux du royaume sont remis au lendemain, et l’édifice pourrait s’écrouler à tout moment. La mise en scène figure le pouvoir fantomatique et il ne reste plus à la fin que les servantes et les marionnettes pour déplorer la mort des amants et l’abandon des affaires d’état.

En mettant en lumière ”cet amour qui devrait rester dans le noir”, Alain Batis parvient à donner chair à un mythe littéraire. La brume et les ombres dont il joue, autant que les non dits, lui permettent de donner une nouvelle profondeur à la pièce.

Pelleas et Melisande
Texte de Maurice Maeterlinck
Mise en scène : Alain Batis
Avec : Tom Boyaval, Alain Carnat, Laurent Desponds, Théo Kerfridin, Pauline Masse, Emile Salvador, Jeanne Vitez
Violon, alto, chant : Saskia Salembier
Piano, chant : Elsa Tirel
Musique : Cyriaque Bellot
Collaboration dramaturgique :Sabine Quiriconi
Assistanat à la mise en scène :Anne-Charlotte Bertrand
Scénographie : Sandrine Lamblin
Lumières : Jean-Louis Martineau
Vidéo : Grégory Marza
Costumes : Jean-Bernard Scotto

Vu au Théâtre de l’Epée de bois – Vincennes

 

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