Théâtrorama

Au centre du plateau, un lit qui garde la marque de deux corps, un fauteuil isolé et en projection, l’image d’une ville comme la trace lointaine du mouvement des autres humains, ceux qui ne sont pas concernés…

Dans cette adaptation de « Passion simple », le roman autobiographique d’Annie Ernaux, mis en scène par Jeanne Champagne, tout se concentre autour d’une femme qui ne « fait rien d’autre que d’attendre un homme », qu’il téléphone et vienne chez elle… Autour de la « chambre des passions », Jeanne Champagne lance un chantier qui interrogera plus tard les œuvres de Pascal Quignard et Marguerite Duras. Il débute avec ce premier opus qui, avec ce texte d’Annie Ernaux, explore « la fulgurance du désir, la douleur exquise de l’attente et l’extase du silence ».

Vêtue d’un imperméable noir qu’elle porte sur une combinaison de même couleur, qu’elle met ou retire selon les moments, dans un appartement qui se résume à la seule chambre à coucher, une femme parle « usant le temps entre deux rencontres », engageant sa volonté tout entière vers la seule attente d’un homme qu’elle aime avec passion.

Un désir en huis clos
Fragile silhouette blonde, Marie Matheron, dans ce jeu périlleux de l’actrice seule en scène, porte avec force, la nudité d’une parole qui dit les rituels, les mille et un détails de toutes ces actions orientées dans une direction unique. Rompant avec la chronologie, les mots se suivent pour combler les points de suspension de l’absence douloureuse. La voix est blanche, frôlant parfois les aigus. Le récit se construit au fil de la sensation, dans l’obsession d’une histoire qui, « s’approchant des limites du néant », est sauvée de la perte et de la dissolution uniquement par le pouvoir des mots.

La mise en scène suit le chemin de l’écriture. Sans aucun effet scénographique, avec une lumière minimaliste, elle inscrit le corps de l’actrice dans la chair des mots poussés les uns après les autres, à la fois pudiques et érotiques, quotidiens et dilatant jusqu’au vertige la douleur et l’infini de la passion.

Fermée au reste du monde, la chambre à coucher se transforme en une « chambre noire » qui projette des fantasmes distribuant la mort et la vie. Auteure, metteure en scène et comédienne, la complicité indéniable de ces trois énergies met les mots en mouvement. Car « par-dessus tout [il s’agit de] sauver la vie, de sauver du néant ce qui s’en approche le plus ». Il s’agit par-dessus tout à conserver une forme à cette passion qui s’en est allée.

[note_box]Passion simple
De Annie Ernaux
Mise en scène : Jeanne Champagne
Avec Marie Matheron
Crédit photo : Benoite Fanton
Durée: 1 h[/note_box]

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