Théâtrorama

Parole et guérison

Petite leçon de psychanalyse sur la scène du théâtre Montparnasse. Des premiers pas du talking cure au schisme entre Jung et Freud, « Parole et guérison » mêle habilement faits historiques et intrigue amoureuse.

« Tout est sexuel », se plaisait à répéter Freud… Une vision obsessionnelle nuancée par le dauphin, plus tard déchu par le maître, Jung, mais qui pourtant se vérifiera dans le cas d’hystérie de la jeune Sabina Spielrein. Jung expérimente sur elle la nouvelle méthode de Freud, « la cure par la parole » sans se méfier d’un retour de transfert qui transformera la psychanalyse en histoire amoureuse. Guérie, Sabina Spielrein décide de devenir elle aussi psychanalyste. Elle affine sa maturité dans les bras de Jung, avant de rejoindre dans un dépit amoureux constructif le giron de Freud. La pièce ouvre un volet de l’histoire de la psychanalyse, en plaçant à côté de la théorie et de l’analyse, le poids des sentiments qui donnent sa part d’inexactitude à la science de l’humain.

Talking cure et taking care
Parole-Et-Guerison_theatre_fiche_spectacle_uneL’univers froid et clinicien du décor impose une ambiance lourde et solennelle au public. Un pan vertical blanc incliné, comme un esprit humain bancal, et constitué de panneaux mobiles en forme géométrique, s’ouvre et se transforme en bureau, lit, chaises… Un décor comme une mémoire à tiroir où l’analyste puise dans l’inconscient de ses patients. Une asepsie qui se retrouve jusque dans le texte. Le rapport presque hygiéniste entre Jung et sa femme (Léna Bréban, tout en retenue et en justesse) ne va pas tarder à contraster avec le rapport de force et le bouillonnement intérieur de la patiente de Jung. La folie fait son intrusion dans la pesanteur d’un milieu médical révolutionné par les théories de Freud.

Sabina Spielrein, 18 ans et une pathologie d’hystérique. Barbara Schulz canalise l’attention de la salle dès son apparition. Apparition saisissante : la comédienne de 37 ans devient une jeune fille de 18 ans d’une fraîcheur confondante. Son jeu est vibrant d’émotions. La souffrance de Sabina se décompose sur scène au fil des séances d’analyse. Le spectateur la voit évoluer et mûrir au fil des années. A côté d’elle, Samuel Le Bihan, dans le rôle de Jung, est plus hésitant et plus effacé. Il a davantage de mal à installer le personnage. Jung, en proie aux doutes, qui prend conseil auprès de son maître, devient balbutiant face à une Sabina qui sort de l’ombre de ses vieux démons pour s’affirmer en tant que femme libre et désireuse de mettre son analyste sur le divan.

Jung paraît nager dans une incertitude qui ne l’empêche pas de tuer le père, le disciple s’émancipant de la théorie de Freud, interprété par Bruno Abraham-Kremer qui plante un père de la psychanalyse fidèle à l’idée que les néophytes s’en font. Le texte de Christopher Hampton s’attarde parfois un peu trop dans les débats psychanalytiques avant de se perdre dans la multiplication des intrigues. La mise en scène de Didier Long parvient à recadrer l’intensité dramatique. De Zurich à Vienne jusqu’aux portes destructrices de la 1er guerre mondiale, la pièce balaye l’effervescence d’une époque en ne faisant pas toujours le ménage dans une narration qui aurait peut-être gagné à être resserrée.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Parole et guérison (site web)
De Christopher Hampton
Mise en scène de Didier Long
Avec Barbara Schulz, Samuel Le Bihan, Léna Bréban, Bruno Abraham-Kremer, Alexandre Zambeaux, Candice Crosmary
Jusqu’au 18 octobre
Du mardi au samedi à 20h30, matinée du samedi à 17h, dimanche à 15h

Théâtre Montparnasse
31, rue de la Gaîté, 75014 Paris
Réservations : 01 43 22 77 74
[/slider]

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest