Théâtrorama

Corps accords…

A une comédienne qui se vantait de ne jamais avoir le trac, Sarah Bernhardt répondait « ça viendra avec le talent ! ». Talent c’est peut-être le premier mot qui vient à l’esprit pour définir la performance de Jérôme Pradon et de son pianiste Damien Roche, à travers cette évocation musicale qui vous saisit à la première note, pour vous transporter loin, très loin… Les 1h45 du spectacle passent comme un rêve dont on ne voudrait pas se réveiller…

L’opéra de Sarah repose sur un pari complètement fou : du soixante contre un. Faire interpréter par un seul comédien la pléiade de rôles. Une galerie d’une soixantaine de personnages qui a tissé l’histoire de Sarah. Avant que la comédie musicale ne commence, le doute susurre à l’oreille du spectateur sceptique que le défi est hors de portée… Mais quand la portée se fait musicale, la clé n’est pas loin. La scène est ascétique. On remarque à peine un tabouret discret. Un piano où Damien Roche va accompagner son partenaire de magie théâtrale. Et puis apparaît Jérome Pradon, pieds nus, sans artifice. Le doute se dissipe à la première mesure et va bouder au vestiaire d’avoir perdu son pari.

jerome
Crédit photo Eric Devert

La petite Sarah, qui parle breton à sa nourrice, on la voit, elle est devant nous, comme la galerie des personnages colorés qu’interprète le comédien. Pas la peine de sortir les dorures et les décors empâtés de l’époque qui siéraient pourtant à la reine du théâtre. Jérôme Pradon, en alchimiste de la scène, réussit le prodige de nous replonger aux racines du jeu théâtral. Avec rien, inventer tout un univers. La partition se déroule comme une pellicule de film qui nous tient en haleine. Sarah, fille de courtisane, qui se retrouve dans un couvent, elle, la juive qui va se convertir cœur et âme au catholicisme, et puis ses premiers pas de demi mondaine dans le salon de sa mère, cocotte ou actrice ? Le duc de Morny veille et la pistonne pour la Comédie Française. Elle côtoie les esprits éclairés de l’époque. Mais loin d’être la comédienne adulée que tout le monde connaît, c’est la jeune femme fragile qui a bien du mal à démarrer sa carrière. Le théâtre rôde autour d’elle sans qu’elle ne parvienne à en saisir l’essence. Et pourtant, elle le dit elle-même, on peut jouer tour à tour tous les rôles, se multiplier, se dédoubler à l’infini…

Alchimie théâtrale…

Le spectateur est happé par un tourbillon de chansons. Mais Jérôme Pradon est avant tout comédien. Il insuffle à Sarah une coquetterie pétillante, qui minaude comme elle respire. Plus Sarah affirme ses choix, plus elle se forge son destin. Et plus le comédien s’efface derrière ses personnages. Il croque les caractères d’un détail, comme un Daumier, pour animer les George Sand, Victor Hugo, Robert de Montesquiou, et les autres témoins de la vie de Sarah. Arrive un moment où on ne le voit plus. L’imagination parvient à recréer la folle époque de Sarah. Ses frasques amoureuses qui avait scandalisé le tout Paris. Ses trophées de chasse masculins qui s’alignent comme une armée au garde-à-vous et ses idylles féminines, délicieux badinage amoureux, qui mettent la presse en ébullition. Sarah la scandaleuse, la capricieuse, qui flotte sur l’air du temps. Sarah méritait bien un opéra et Alain Marcel a ciselé ses textes comme un orfèvre pour nous faire découvrir des anecdotes oubliées, faire revivre les secrets d’alcôve qui se mêlent à la grande Histoire. Les mélodies s’agrippent à la mémoire pour nous envelopper dans un cocon d’émotion qui doit beaucoup à la voix de Jérôme Pradon. Rôdé à la comédie musicale, il aurait pu n’être qu’un parfait technicien, qui maîtrise son art pour assurer la performance. Il pianote également avec douceur sur la gamme de l’émotion pour ravir le spectateur ensorcelé par une voix de velours qui s’envole sans jamais perdre son objectif premier : toucher le public. Alain Marcel a fait le choix d’achever sa poésie avant le départ de Sarah au States. Quand la musique s’arrête, une seule idée en tête : à quand la suite de l’histoire ?

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »]

L’Opéra de Sarah, avant l’Amérique

Ecrit et mis en scène par Alain Marcel

Avec Jérôme Pradon et Damien Roche (au piano)

Lumières : Laurent Béal

Son : Hervé Lombard

Arrangements musicaux : Damien Roche

Collaboration artistique : Grégory Antoine

Théâtre de l’Œuvre

55, rue de Clichy, 75009 Paris

Réservations : 01 44 53 88 88

Du 20 janvier au 30 avril 2009, du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 15 h 30

[/slider]

Vous pourriez aimer çà


  1. ça donne envie d’aller découvrir le spectacle ! J’avais vu Jérôme Pradon dans le cabaret des hommes perdus et c’est vrai qu’il a une voix très particulière, très agréable à écouter…

    Eva / Répondre
  2. J’ai vu le spectacle que je recommande tout particulièrement. Jérôme Pradon est un comédien aux multiples talents qui mérite d’être découvert. À quand la suite ?

    Mimi59 / Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest