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On va tout dallasser, Paméla ! au Tarmac

On va tout dallasser, Paméla ! de Marielle PinsardOn va tout dallasser, Paméla ! – Dans cette nouvelle pièce, travaillant sur les métaphores et les inventions du français parlé en Afrique, Marielle Pinsard, auteure et metteure en scène suisse, nous invite à tout  » dallasser », comprenez à en faire des caisses, à frimer et à tendre des pièges pour nous initier à la drague à l’africaine. Pour cela elle a réuni quelques spécialistes de choix, de l’Afrique de l’Ouest francophone. Dignes représentants de la question, du Bénin au Congo en passant par la Côte d’Ivoire et le Cameroun ils sont des passés maîtres en art du broutage c’est-à-dire capables de vous arnaquer sentimentalement via une webcam ou le bon coin pour vous faire miroiter de faux héritages, de fausses annonces et vous extorquer le maximum d’argent ! Ambiance festive du type « maquis » – un lieu où on peut danser et prendre un verre – garantie avec coupé-décalé, musique techno et aux manettes de sa console DJ Petit Piment, la nouvelle star (belge) d’Abidjan !

La drague, ton univers impitoyable…

On va tout dallasser, Paméla ! de Marielle PinsardQue faut-il savoir de la drague à l’africaine ? Quelques postulats à ce sujet sont indispensables : un gars qui ne sait pas parler est un homme perdu, une fille qui couche au bout de six mois est une fille facile et en Afrique on fait la cour à l’ancienne à savoir en parlant beaucoup tout en en disant le moins possible…

Sous le rire et le propos parfois osé, Marielle Pinsard nous offre dans On va tout dallasser, Paméla ! en fait une démonstration savante et un voyage dans la galaxie du français tel qu’il se parle en Afrique de l’Ouest. Mélangeant les langues africaines, revisitant la langue française, jouant sur les archétypes sociaux et les clichés, elle fait valoir les richesses linguistiques de ce français traversé par d’autres cultures et éloigné des discours sur la « pureté » et le respect de la langue. Loin des académismes de bon aloi, la langue qui se parle ici retrouve une verdeur perdue prouvant que la langue française est aussi langue de partage.

Lorgnette helvète pour « drague à l’africaine »

On va tout dallasser, Paméla ! de Marielle PinsardLa drague est aussi un prétexte pour rendre compte du fonctionnement de sociétés urbaines et connectées qui inventent un langage pour vivre voire survivre. Les vêtements inventifs des « sapeurs » (les rois de la sape au Congo) sont autant de pièges colorés pour arriver à ses fins, classant ceux qui les portent parmi les grands ambianceurs des soirées.

En observant la codification et l’inventivité du langage de la drague, on cherche le regard de l’autre, car « tout est dans le regard ». Cela nous renvoie par opposition à ce que l’on peut nommer les « solitudes occidentales », avec la perte de certains codes de séduction entre les hommes et les femmes. En échappant au regard de l’autre, nous nous retrouvons face à l’écran de nos ordinateurs et de nos Smartphones.

Aucune démonstration dans les propos de Marielle Pinsard et pas question d’y voir la moindre envie de faire la leçon, mais celle de dire certaines vérités sans avoir l’air d’y toucher avec un humour au service de situations parfois déjantées et aux conclusions inattendues .

Portés par un groupe de comédiens généreux et inventifs, dans une mise en scène impeccable se succèdent des numéros chantés et dansés où chacun en prend pour son grade et sans détours. Le propos est hardi, le langage aussi coloré que les costumes, la métaphore langagière met les points sur les  » i ». C’est drôle, grinçant et cocasse.

Et les Suisses dans tout ça ?

Le Suisse est « de bonne volonté, relativement naïf et gentil ». Il ne sait pas ou ne veut pas dire non, la Suisse est le pays de l’aide internationale, spécialiste des ONG qui aiment donner des outils de travail et non pas apprendre à des peuples la  » bonne façon de vivre ».
Par conséquent et pour toutes ces raisons, ils sont très recherchés : on les drague pour leur argent, on les drague pour leur passeport, on les drague…Nina Willimann, chorégraphe et comédienne suisse, incarne donc tous ses concitoyens suisses expatriés en Afrique.

On va tout dallasser, Paméla ! – Petit lexique non exhaustif à l’usage des voyageurs-dragueurs en Afrique francophone

Boucantier : personne frimant avec des marques de luxe, partageant son argent à qui veut au cours d’une virée
Brouteur(se) : arnaqueur(se) sentimental(e) à la webcam, pour de faux héritages, fausses annonces sur leboncoin etc.
Choco : le « blanc », ou celui qui a l’attitude d’un européen, l’accent, ou celui qui ne se mélange pas
Verber : parler
Elle djaz d’une manière-là : elle danse d’une certaine manière
On fait palabre : on discute
La soutra/ je te soutra : la drague / je te drague
Tu tapes l’oeil hein : tu mens
…………………

On va tout dallasser, Paméla ! / Spectacle en français, nouchi et camfranglais
Conception & Mise en scène : Marielle Pinsard
Assistante à la mise en scène | Marion Noone
Avec Jean-Marie Boli Bi, Adji Gbessi, Carole Lokossou, Fatou Niasse, Michael Todego, Nina Willimann, DJ Fessé le singe (Grégory Duret), Achille Gwem, Julie Dossavi
Scénographie | Yves Besson
Lumières | Gérald Garchey
Costumes | Séverine Besson
Musique | Grégory Duret
Chorégraphies | Jenny Mezile, Jean-Marie Boli Bi
Durée 1h40
Spectacle créé le 4 mars 2016 au Théâtre Vidy-Lausanne

Jusqu’au 2 décembre au Tarmac

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