Théâtrorama

 » On achève bien les chevaux « , film de Sydney Pollack, a marqué les années 60 en racontant en pleine dépression économique des années 30, l’histoire de pauvres diables attirés par les primes des marathons de danse. Sur fond de crise actuelle, Bartabas avec « On achève bien les anges » inverse la proposition et nous parle d’anges qui nous resseemblent étrangement, pour nous parler de notre époque.

Utilisant la forme de l’élégie, poème lyrique entre plaintes douloureuses et sentiments mélancoliques, il nous conduit avec son cirque équestre sur des routes intérieures qui nous obligent à nous interroger sur notre place dans l’univers et sur nos rapports avec nous-mêmes. Bartabas n’était pas apparu comme cavalier dans les trois derniers spectacles de Zingaro, ici il revient avec une maîtrise encore plus fine de son art, poussant toujours plus loin l’équilibre parfait entre l’homme et l’animal.

Qui sont ces anges qui descendant des cintres, les yeux bandés, découvrent presque par hasard, ce groupe de chevaux qui semblent surgis de l’ombre elle-même ? Intermédiaires entre le ciel et la terre, les chevaux avec bienveillance accueillent les anges-cavaliers, devenant ainsi les intermédiaires qui permettent un dialogue entre le ciel et la terre, entre l’homme sur terre et les anges au ciel.

Une quête indomptable, équestre et poétique dans l’inconnu
©Hugo Marty 1Anges aux ailes déployées dans les moments de grâce, aux ailes atrophiés ou brisées, ces anges nous ressemblent étrangement avec leurs envolées ou au contraire leurs ailes trop lourdes qui les collent au sol. Portés par la voix éraillée de Tom Waits, convoquant la musique de Bach, de Prokofiev, Messaiaen ou sur des airs de musique de cirque, les tableaux se succèdent. Bartabas construit tout son spectacle comme une valse à trois temps qui induit un rapport physique au spectateur.

Étirant le temps parfois jusqu’à l’ennui, il crée, comme à chacun de ses spectacles, une sorte de rituel ou de processus sacré qui unit dans une même rencontre charnelle les chevaux, les cavaliers, les musiciens et le public. Oubliant l’énergie parfois violente des spectacles précédents, ce spectacle-ci fait ressortir la tendresse et l’humour et met en exergue l’intrusion du monde extérieur. Chaque spectacle de Bartabas et du théâtre équestre Zingaro ressemble à une initiation qui comporte un questionnement et une attente, celui-ci nous incite à la méditation, à l’introspection et à une certaine douceur.

Aucun geste brusque, un glissement, une écoute de chaque instant entre les cavaliers et les chevaux, entre le mouvement et les silences. Où commence l’homme ? Où se termine le cheval ? Question maintes fois posée à propos de Bartabas en conversation silencieuse avec ses chevaux, faisant surgir de chaque mouvement la poésie de l’instant. Tout est dit en un regard, des bruits de bouche, une respiration, une pression et sur cette alchimie subtile, cette intimité totale, il est difficile de mettre des mots. Il s’agit de « ne pas tuer la générosité du cheval et de la gérer », dit-il, lorsqu’on demande à Bartabas les secrets de sa « technique ». Simple !

À la sortie, lorsque nous nous retrouvons dans cette immense salle qui raconte à travers les accessoires et les costumes l’histoire des spectacles précédents, que savons-nous des anges ? Pas grand chose en fait, sinon que les anges nous ressemblent parfois lorsqu’ils tombent sur terre et ce que nous en dit Tom Waits : ne pas laisser tomber nos rêves afin qu’ils ne meurent jamais.

On achève bien les anges, Élégies
Conception et mise en scène : Bartabas
Assistante à la mise en scène : Anne Perron
Direction Musicale : François Marillier
Coiffes et maquillage : Cécile Kretschmar
Création costumes : Laurence Bruley
Cavaliers : Bartabas, Nathalie Dongmo, Michaël Gilbert, Nourredine Khalid, Mathias Lyon, Gaëlle Pollantru, Etienne Régnier, Alice Séghier, Arthur Sidoroff, Messaoud Zeggane
Musiciens : Janyves Coïc, Cyrille Lacombe, Yuka Okazaki, William Panza, Paulus
Comédien : Riton Carballido
Et les chevaux, les dindons, l’âne et la mule
Durée : 2 h sans entracte
Crédit photo: Hugo Marty

À partir du 23 Octobre 2015 au Théâtre équestre Zingaro
Du mardi au samedi à 20 h 30 – Dimanches à 17 h 30
Relâches : Lundis et jeudis

 

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