Théâtrorama

Nouveau Héros et femmes objets

Le Nouveau Héros de Nicolas KerszenbaumEn transposant le mythe d’Hercule à Sevran dans les années 80, le metteur en scène Nicolas Kerszenbaum nous offre avec Nouveau Héros sur le plateau un joli conte initiatique. En effet, si le contexte permet d’alléger le mythe tout en s’en amusant, il permet également de s’autoriser toute licence sur le mythe et d’en questionner en profondeur un des ressorts principaux : la force et l’usage de la force.

Un bel homme ce petit Hercule… Musclé, jeune, fort, charmant, il a tout pour plaire. Et il plaît aux femmes, beaucoup même. Elles tombent toutes, comme devant le Trip Fontaine de « Virgin Suicide ». C’est une star, et elles le veulent toutes. Tout va bien pour le jeune homme, et son ego gonfle doucement. On rit avec lui.

Il parle de ses conquêtes en manipulant des petites poupées Barbie. On rit toujours. Le héros, au sens mythologique, n’est-il pas un homme plus grand que nature, dont la force lui permet de disposer des autres à sa guise ? Par le procédé tout simple de l’utilisation de la marionnette, le metteur en scène nous renvoie au mythe tout en soulignant que celui qui se croit si grand n’est qu’un homme, et que seul son orgueil lui permet de considérer ainsi les autres, et de les traiter comme un enfant traite ses jouets.

Alors dans ses mains, les femmes sont des femmes objets, femmes poupées à déshabiller, à abuser, à torturer, à démembrer. On commence à rire jaune. Ne pas maîtriser sa force. Taper sur plus petit que soi. Facile quand on est un être supérieur ou quand on croit l’être. Ce qui est à peu près la même chose, sauf quand la réalité vient se rappeler au bon souvenir de l’hybris… Celui qui par dépit ou déception s’est permis de battre sa femme va alors connaître une punition symbolique forte, une invitation ferme à la rédemption.

Le Nouveau Héros de Nicolas Kerszenbaum

Nouveau Héros: la force de l’opprimé

Le spectacle prend alors tout son sens et questionne la force vue du point de vue du faible. L’on apprendra que le vrai courage est celui déployé par les opprimés quand ils se dressent et opposent leur dignité face à la force brutale.

Ça a l’air facile comme message, ou attendu, mais ici ça ne l’est pas du tout. En effet, le projet du metteur en scène est de nous faire traverser avec le personnage le passage d’un côté à l’autre de l’oppression sans jugement pré-établi. Pas de héros ou d’anti-héros qui viendraient fermer le sens. L’homme puni n’est pas un méchant, c’est seulement quelqu’un qui n’a pas réfléchi aux conséquences de ses actes. La force et la faiblesse, l’abus et le courage sont traités de manière sensible et nous sommes véritablement concernés grâce à la sympathie que l’acteur a suscité en nous dés le début du spectacle.

Le visage de l’acteur Bertrand Barré, à la fois viril et fin se prête à merveille au projet du metteur en scène. Cet acteur a par ailleurs un véritable talent de conteur, et l’on ressort grandi de ce Nouveau Héros. Dans le bon sens du terme.

Nouveau Héros
Texte et mise en scène : Nicolas Kerszenbaum
Avec Bertrand Barré

Crédit photo : Nathanael Halberstamm

Vu à La Loge

Dates de tournée: 7 et 8 mars, Palace, Montataire (60) / 9 mars, MAL de Laon (02) /29 avril, Le Tréport (80)

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest