Théâtrorama

Nelson-Rafaell Madel met en scène Erzuli Dahomey, déesse de l’amour

Nelson-Rafaell Madel met en scène Erzuli Dahomey, déesse de l'amourNelson-Rafaell Madel –  Le choc de deux mondes… La scène plongée dans le noir laisse entrevoir des ombres qui avancent comme des somnambules, emprisonnés, le temps d’une action, dans un rond de lumière avant de se fondre à nouveau dans l’obscurité. Les premières scènes d’Erzuli Dahomey, pièce de l’auteur haïtien Jean-René Lemoine, mise en scène par Nelson-Rafaell Madel, jeune metteur en scène français de Martinique, sont traitées comme de courts épisodes qui mettent en place l’action de façon discontinue.

Nous sommes dans la demeure de Victoire Maison, une veuve qui vit retirée à Villeneuve avec ses jumeaux, leur précepteur et la bonne antillaise. Tristan, le fils aîné, reporter à l’étranger, est donné pour mort dans un crash d’avion au Mexique. La télévision annonce également ce même jour la mort de Lady Diana. Venue de Gorée au Sénégal, Félicité vient réclamer le corps de son fils enterré par erreur derrière la maison de Victoire. Un fantôme erre dans la maison et ce n’est pas celui de Tristan… Intrusion, sursaut, électrochoc…

Un temps et un espace abolis

Dans la maison de Victoire, le temps s’est arrêté, les jumeaux livrés à eux-mêmes se gavent d’images de séries télé, le Père Denis, prêtre et précepteur, épie les faits et gestes de la jeune Sissi âgée de 16 ans alors que Victoire se perd dans ses rêves d’ailleurs et d’érotisme. À leur service, Fanta la jeune domestique antillaise vit dans l’entre-deux d’une identité floue. La douleur de ces deux mères qui ont chacune perdu un enfant est le point de départ du choc de deux mondes que tout oppose. Le monde bourgeois et confiné dans la culpabilité et l’absence d’amour de Victoire et celui plus ouvert, plus solidaire et plus coloré de Félicité. L’irruption de cette dernière à Villeneuve fait exploser les non-dits et les secrets de chaque occupant de la maisonnée. Avec elle, se confrontent deux univers par-delà l’espace et le temps.

La simple présence de Félicité soulève le couvercle de douleurs immémoriales et réveillent les fantômes. Les frontières du réel s’estompent, l’univers des vivants et des morts se côtoient alors que chaque personnage bascule vers l’hallucination. Reviennent alors les souvenirs de l’esclavage, des récits d’hier toujours présents dans la réalité des vivants d’aujourd’hui, les dominations et les culpabilités. Renaît alors dans la mémoire de Fanta, la jeune domestique qui rêve d’être Lady Di, le souvenir ancestral d’Erzuli Dahomey qui sommeillait dans son insconscient. Erzuli naît dans un cri tellurique, comme un cri de l’accouchement ou l’explosion d’un volcan après un sommeil séculaire. Il faut ici souligner la performance de Karine Pédurand qui joue le rôle, avec une puissance rare, à la limite de la transe mais aussi signaler celle des autres acteurs qui maintiennent leur jeu dans une tension qui ne se relâche pas et donne une grande solidité à la mise en scène.

De l’ombre vers une lumière de plus en plus éclatante, une chorégraphie accompagne ces personnages en perpétuelle recherche d’équilibre. Suivant les rythmes d’une musique qui part de la plainte du violoncelle à l’éclatement des percussions, Nelson-Rafaell Mandel essaie d’explorer toutes les facettes d’un texte complexe. Sa direction d’acteurs comporte peut-être certaines outrances, mais elle relève d’un choix assumé et dramaturgiquement juste qui permet d’ouvrir le texte vers toutes ses potentialités.

Erzuli Dahomey, déesse de l’amour
Texte : Jean-René Lemoine
Mise en scène et scénographie : Nelson-Rafaell Madel
Lumière et collaboration scénographie : Lucie Joliot
Musique : Yannis Plastiras
Collaboration chorégraphie : Gilles Nicolas
Durée : 1 h 30

Avec Adrien-Bernard Brunel, Alvie Bitemo, Mexianu Medenou, Gilles Nicolas, Karine Pédurand, Claire Pouderoux, Emmanuelle Ramu.

Jusqu’au 23 octobre au Théâtre 13

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest