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Neige Noire

Neige Noire

De son vrai nom, elle s’appelait Eleonora Fagan, mais l’histoire du blues s’en souviendra comme de Lady Day alias Billie Holiday.

C’est de sa fascination pour la figure et le destin de cette chanteuse noire qui se fit connaître dans l’Amérique des anéées 20, qu’est né le projet  » Neige Noire  » de Christine Pouquet, défini comme des  » Variations sur la vie de Billie Holiday ».

Suivant le fil de l’association des souvenirs, le spectacle entrelace faits réels et récits fictifs avec des musiques, des chansons prises dans le répertoire de Billie Holiday. Toute sa vie durant, celle-ci eut du mal à poser ses valises quelque part, et c’est dans un décor constitué de valises, de malles anciennes, qui s’ouvrent comme autant de boîtes à souvenirs, que les deux comédiens de la pièce déroulent leur histoire.

Variations au fil de ma mémoire

Jouant le rôle de tous les hommes qui ont traversé la vie de la chanteuse, Philippe Gouin (en alternance avec Rémi Cotta) sert de point d’appui au déroulement de ces variations. Samantha Lavital est une Billie Holiday solaire, dont la voix raconte les douleurs et les blessures, les violences conjugales et les préjugés raciaux.

La pièce démarre alors que la jeune Eleonora a 13 ans et arrive dans un nuage de fumée de locomotive à New York. Abandonnée dans le train, sont inscrits sur l’écriteau qu’elle porte autour du cou son nom et une adresse. Nous sommes en 1929 et la jeune fille à l’instar de Bessie Smith ou Louis Armstrong ne rêve que d’une chose : devenir chanteuse de jazz et retrouver son père, Clarence Holiday, un musicien qui l’a abandonnée quasiment dès sa naissance.

Les valises continuent de s’ouvrir et font des incursions dans le passé : vers le souvenir de la grand-mère esclave qui eut seize enfants du maître blanc de la plantation à l’Amérique des lois raciales en passant par le souvenir de sa virginité vendue à un voisin alors qu’elle avait onze ans.

Au début des années trente, Eleonora commence sa carrière de chanteuse dans un petit club de Brooklyn. Pour la scène, elle adopte le nom de son père Holiday et féminise le surnom  » Bill  » dont, enfant, on l’affublait. Lester Young est son musicien favori. Billie est « folle de son jeu de sax ténor », et ne veut « pas enregistrer sans lui ».  » Il joue comme elle chante, elle chante comme il joue », disait-on. Ils sont proches mais pas amants. Il la surnomme « Lady Day »; elle l’appelle « President ».

Pourtant malgré le succès, Billie Holiday ne parvient jamais véritablement à trouver sa place. Dans l’Amérique de la ségrégation, elle était trop blanche pour chanter avec des musiciens noirs, trop noire pour séjourner dans un hôtel « pour blancs », alors même que ceux-ci lui font un triomphe à Carnegie Hall.

Drogues, boissons, les abus de toutes sortes la conduisent vers la déchéance. À sa mort en 1959, elle n’est plus que l’ombre de la femme fière et belle qu’elle fut. Pourtant la pièce ne montre rien de cette déchéance. À la toute fin du spectacle, lorsqu’éclate « Strange fruit », un blues qui fut la première chanson contestataire, parlant du lynchage des noirs, ne reste que la puissance de la voix de cette Lady qui, pour se sentir vivante, chantait le blues comme personne.

Neige Noire
Variations sur la vie de Billie Holiday
Texte et Mise en scène : Christine Pouquet
Scénographie et costumes Cécile Delestre
Lumières Nicolas Gros
Musique et arrangement Michel Pastre Trio
Avec Samantha Lavital Philippe Gouin ou Remi Cotta en alternance
Crédit photo: Loïc Seron
Durée 1h10

Du 11 au 13 février à la MPAA

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