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Mystery Magnet

Posez la tête à l’entrée. Les battements sourds d’un cœur vous appellent à l’intérieur : Mystery Magnet s’apprête à vous donner, du théâtre pour les viscères.

Miet Warlop est artiste, metteur en scène et scénographe. Son travail, au croisement des arts visuels et de la scène théâtrale, nous mène comme traînée de poudre vers les mouvements artistiques qui ont scandé le siècle dernier : Théâtre de la Cruauté d’Antonin Artaud, Surréalisme de Dali et Bunuel, Absurde des Monthy Pytons, introduction de l’hybride sur la scène occidentale… Mystery Magnet a poussé sur le terreau ces recherches artistiques sans concession. Il en est l’aboutissement, l’hommage et la suite.

Mystery Magnet est une fable plastique toute en couleurs et en immondices, au carrefour de la comptine et du film d’horreur. Ce sont des « presque-corps-humains » qui évoluent sur l’espace scénique en devenir, dans un silence qui rend l’atmosphère épaisse et décuple l’attention. Jambes, cheveux, cuisseaux déambulent sur une scène devenue désert d’humanité, peuplant la salle d’une inquiétante étrangeté. À chacun de leurs passages, une marque de couleur est laissée : peinture, liquide, sculpture, objet, mousse. Peu à peu la scène prend un visage, celui que ces créatures nous refusent. Les tableaux s’accumulent, se frottent et se fécondent. Miet Warlop le dit ainsi, elle fait « collection d’images ». Une étrange prophétie en forme de cri sourd terminera le défilé, au milieu d’un espace saturé de couleurs, d’objets et traces d’événements passés.

Une « boucherie de tendresse »
« Si deux cents spectateurs voient Mystery Magnet, j’espère pouvoir faire éclore deux cents mondes différents. », dit Miet Warlop. Il est possible de prendre l’objet visuel comme tel et de simplement profiter des secousses qu’il procure. Après tout, la machinerie de l’intellect n’a pas sa place dans ce type d’expérience. Cependant, pour les personnes sujettes aux haut-le-cœur et diverses fluctuations organiques, l’interprétation des tableaux est un bon moyen de parer aux turbulences. Mystery Magnet peut être lue comme une tentative de portraiturer le monde (le monde qui vit dans le ventre de l’artiste) : santé publique, progrès d’une science sans conscience, transhumanisme, écologie, guerres et tortures, relations humaines en entreprises, finance et marché, dérives de l’hypercommunication… Les « presque-corps » à l’œuvre sur la scène se vident tout au long du spectacle : à intervalles réguliers comme une scansion métronomique, ils viennent pour vomir déféquer, uriner, se vider de leur sang de toutes les couleurs, se désosser suinter se démembrer en jetons de supermarché, tomber ou faire tomber ce qui les constitue. Et leurs excrétions accumulées forment un arc-en-ciel, amas de couleurs aux teintes enfantines, merveilleux malheur. Miet Warlop dit adoucir l’horreur des scènes proposées (par le réel qui l’entoure ?) et qualifie sa pièce de « boucherie de tendresse ». La purge s’opère effectivement : à la frontière de la comédie, de la tragédie et de l’absurde, du surréalisme et du réalisme, Mystery Magnet est une catharsis des temps modernes.

Mystery Magnet, Miet Warlop
Conception, direction et scénographie : Miet Warlop
Assistants scénographie :Sofie Durnez & Ian Gyselinck
Son : Stefaan Van Leuven & Stephen Dewaele
Performance : Miet Warlop, Seppe Cosyns, Sofie Durnez, Gilad Ben Ari, Wietse Tanghe, Artemis Stavridi (en alternance), Laura Vanborm (en alternance)
Regard extérieur : Nicolas Provost
Assistant dramaturgie :Namik Mackic
Technique : Piet Depoortere, Ian Gyselinck, Niels Leven

Au Théâtre National de Bordeaux Aquitaine, du jeudi 10 au vendredi 18 décembre

 

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