Théâtrorama

MUSIC-HALL

Une artiste, flanquée de ses deux boys, ressasse ses tournées. Des passages fugaces dans de petites villes, dans de modestes théâtres, pour interpréter un spectacle raté, minable, usé…

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Diva de pacotille
Fin de journée. Il pleut. Une fille et deux hommes prennent possession de la scène du théâtre d’une banlieue grise. Elle s’avance, souriante, lente et désinvolte, suivie de près par ses boys. Ils sont les faire-valoir de la star. Oui, car cette fille est une star… du moins, veut-elle encore y croire. À pas mesurés, elle avance vers un tabouret, « son » tabouret. Rare accessoire qui lui appartienne et qu’elle défend comme son enfant. Drapée dans sa robe du soir vert pâle, fourrure posée sur les épaules, talons hauts, la fille s’assoie et joue l’histoire de sa vie. D’une voix éraillée, elle fait le récit de son quotidien, de ses humiliations, de ses souvenirs, de ses déceptions, de ses agacements. Tiens, par exemple, le tabouret : combien de fois a-t-il fallu qu’elle se démène pour qu’on lui offre un siège digne de ce nom ! On lui a fourni des chaises, ne lui permettant pas d’exécuter son envoûtant demi-tour. Un jour, on lui a même proposé un tabouret de vacher. Et s’il n’y avait que cela. Le magnétophone défaillant, une scène trop courte, des portes manquantes, les quolibets, des gens goguenards, des jets de détritus sur les planches… Qui peut le plus peut le moins, se répète la fille. Les deux boys, derniers vestiges d’une longue série, observent la star, plus qu’ils ne la soutiennent. Ils se chamaillent entre eux et rêvent de s’enfuir, mais pourront-ils abandonner la fille à la gloire passée ? « Ne me dit pas que tu m’adores, mais pense à moi de temps en temps » susurre à leur oreille une vieille chanson de Joséphine Baker…

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Sous le charme
« Lente et désinvolte » : ces mots – et beaucoup d’autres – qui reviennent en boucle comme une ritournelle, pourraient être insupportables s’ils n’étaient dit par une grande comédienne. Dans cette pièce épurée, dans l’écriture et la mise en scène, il n’est pas vain d’affirmer que Fanny Ardant illumine de sa présence cette comédie amère, et porte haut son quasi monologue. L’air de rien, l’actrice accomplit un vrai numéro de star. Il faut voir les spectateurs sous le charme, buvant avec délice ses paroles les plus insignifiantes, riant aux circonvolutions de son personnage.

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Mélancolique et désespéré
Par son thème, la pièce de Jean-Luc Lagarce rappelle furtivement le film de Billy Wilder, Boulevard du crépuscule, où Gloria Swanson jouait une vieille gloire du cinéma muet tombée dans l’oubli. Mais ici le texte célèbre bien le théâtre, dans une écriture particulière, à la Duras, donnant un ton à la fois abstrait, mélancolique et désespéré. Lambert Wilson a cet art d’orchestrer sur les planches l’action et les personnages (les discrets Éric Guérin et Francis Leplay sont eux aussi excellents). Et c’est presque avec bonheur que l’on plonge dans l’atmosphère dépressive de cette fille et ses boys.

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Music-Hall
De Jean-Luc Lagarce
Mise en scène de Lambert Wilson
Collaboration artistique de Cécile Guillemot
Avec : Fanny Ardant, Éric Guérin et Francis Leplay
Lumière et scénographie de Françoise Michel
Costume de Virginie Gervaise
Chorégraphie de David Moore
Au théâtre des Bouffes du Nord du 7 janvier au 14 février
37 bis, boulevard de la Chapelle, 75010 Paris
Du mardi au vendredi à 20 h 30/ Samedi à 15 h 30/ Relâche dimanche et lundi
Réservations : 01 46 07 34 50
www.bouffesdunord.com
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