Théâtrorama

Philippe Adrien met en scène tout le dualisme problématique tournant autour du “droit à mourir dans la dignité” que revendiquent ceux qui refusent de parler de crime quand on évoque l’euthanasie. Un spectacle dense mais riche et d’une indispensable objectivité.

Dans une chambre d’hôpital, Claire qui vient de tomber dans un coma profond. Clémence et Christine, ses deux sœurs, arrivent pour la veiller. Une discussion s’anime autour de la mort du père, dont Claire a abrégé les souffrances. Les deux sœurs ont un avis aussi tranché qu’opposé sur la question, pour des raisons qu’elles exposent et faisant resurgir des ombres noires du passé.

D’une actualité brûlante s’il en est, « Meurtre par omission » ne va à aucun moment tenter d’apporter une réponse définitive et péremptoire à ce droit à mourir dans la dignité ainsi que le nomment les défenseurs de l’euthanasie que les détracteurs -et la loi- définissent comme un crime. Nous sommes en présence de deux opinions assez radicalement opposées, chacune des sœurs décortiquant son point de vue sans que jamais la discussion ne vire pourtant au procès. Rendu plus âpre encore par la présence physique de la mourante sur la scène, le sujet que met en scène Philippe Adrien avec finesse et humilité va plus loin que la simple question de l’euthanasie. Il est tout aussi question du geste de Claire sur son père que du trouble que cela a jeté et qui ressort à cet instant néfaste et inhabituel. Trouble qu’accompagne inévitablement des souvenirs enfouis.

Entre deux…
La mise en scène de Philippe Adrien joue la constante thématique de l’entre-deux. Le clair-obscur, entre vie et mort, que soulignent des éclairages expressifs entre ombre et lumière, appuie les points de vue opposés des deux sœurs vivantes. La mourante, quant à elle, entre vie et trépas, incarne le fléau de cette balance à la fois juridique et éthique que font bouger ses sœurs. L’équilibre précaire n’en est ainsi pas moins permanent.
On retrouve ce bel équilibre dans le jeu des comédiennes qui donnent vie à ce texte aussi beau que difficile de Jean-Pierre Klein. Un texte qui n’hésite pas à sonder les plus profondes douleurs pour les faire rejaillir en posant une question dont personne ne devrait se prévaloir de détenir la moindre réponse.

Meurtre par omission
De Jean-Pierre Klein
Mise en scène : Philippe Adrien
Avec Agathe Alexis, Nicole Estrabeau, Anne de Broca
Création lumière : Pascal Sautelet
Décors : Martine Belloc
Création sonore : Stéphanie Gibert
Régie : Stéphane Deschamps
Jusqu’au 19 juin
Du mardi au samedi à 19h45, dimanche à 16h30

Théâtre Essaïon
6 rue Pierre au Lard, 75004 Paris
Réservations: 01 42 78 46 42
Site web

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