Théâtrorama

Porté uniquement par la verticalité de son corps et du micro sur pied, habillé d’un pantalon gris et d’un haut plus féminin, traversé d’un ruban doré qui accroche la lumière, Jean-René Lemoine, comme touché par la grâce, joue Médée.

Le corps est immobile, le regard tourné vers l’intérieur, la voix suave devient, l’espace d’un instant, métallique et dure. Le visage se fait masque, puis se relâche à nouveau alors que renaît la douceur du sourire. Le jeu de l’acteur fascine et, sur les pas de Médée la magicienne, nous nous embarquons pour un voyage initiatique aux confins de la terre.

 » Médée, nous dit Lemoine – également auteur et metteur en scène- est ici à la fois l’amoureuse, l’infanticide, mais surtout l’étrangère « . Réécrivant le mythe, il dit l’indicible du lien amoureux et infléchit l’action autour de trois mouvements. Le premier parle de la conscience absolue du destin amoureux, de la passion sans bornes qui habite Médée et de son désir d’échapper à l’emprise familiale y compris par le meurtre du père et du frère incestueux (inventé par l’auteur). Jason en quête de la Toison d’Or, sera pour Médée l’instrument de sa libération. Le second mouvement raconte le désenchantement et l’errance du couple Jason/Médée. Celle-ci à force de vouloir plaire à Jason se perd dans le fantasme de l’Occident. Le troisième mouvement raconte le retour de Médée au pays natal. Après avoir tué ses enfants, pour se venger de Jason qui l’a abandonnée, elle revient vers son père mourant, mais est devenue  » l’étrangère » dans son propre pays.

 » Une sorte d’aquarelle recolorée avec du sang et des larmes  »
Le texte de Jean-René Lemoine redonne au mythe une vigueur inédite. Dans une langue qui balance entre l’épique, le poétique et l’obscène, le personnage oscille en permanence entre féminin et masculin. En mélangeant la poétique du mythe à une langue crue, il affirme le sacré de la vie y compris dans l’avilissement, son poème enragé devient une sorte de liturgie où la vulgarité côtoie le sublime.

Médée est une figure féminine qui n’attend pas son héros et ne sera pas punie pour ses crimes. La Médée de Lemoine dépasse le drame pour laisser toute la place à une rage qui mène au révolutionnaire et au politique. Elle se revendique comme une amoureuse agissante, meurtrière par excès d’amour pour Jason. En s’affirmant comme barbare, elle se veut aussi »meurtrière » des opulences d’une société étrangère dans laquelle elle a manqué se perdre. Elle se situe du côté d’une adversité qui lui a permis de s’affirmer dans une subversion totale des codes.

 » Médée, poème enragé », affirme Lemoine, raconte ce que je suis et parle des ambiguïtés, celles d’être façonné par des terres différentes, celles de la masculinité et de la féminité. Le tremblement d’un individu traversé par l’exil, physique, mental, familial ». En revisitant le mythe de Médée, en complicité avec le musicien Romain Kronenberg, il pose en permanence la question des limites, la nécessité de la transgression et le fantasme de l’intégration. En interprétant lui-même ce personnage féminin, Jean-René Lemoine se met lui-même dans la balance, en tant qu’homme affirmant sa féminité, en tant qu’ écrivain haïtien donnant d’autres références à un des mythes les plus marquants du monde occidental.

Médée, poème enragé
Texte et Mise en scène : Jean-René Lemoine
Création musicale et sonore : Romain Kronenberg
Avec Jean-René Lemoine et Romain Kronenberg
Crédits photos: ©Alain Richard

Du 27 Mars au 3 Avril 2015 à 20 h 30- Dimanche à 16 h

Programmation Hors les Murs de la MC 93
Festival le Standard Idéal 10° édition

 

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