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Matthieu(x) Caroline Sahuquet

Matthieu(x) de Caroline SahuquetTrois couples se déchirent, se rabibochent autour de l’évocation d’une même personne, Matthieu, leur fils à tous. Dans un tourbillon de situations vachardes et décalées, l’auteur Caroline Sahuquet s’offre un plateau de comédiens épatants qui servent généreusement une mise en scène à la fois alerte et d’une grande subtilité. Une réussite.

Un couple qui s’aime. Lui bosse pour faire vivre sa femme au foyer et son ado de fils, Matthieu.

Un autre couple qui s’aime. Le macho et le soumis. Ils élèvent tant bien que mâles leur fils, Matthieu, le même..

Un troisième couple qui s’aime à sa manière. Le psychorigide et la désaxée à l’instinct maternel « d’une châtaigne ». Leur grande préoccupation dans la vie : leur fils, toujours ce Matthieu…

On peut songer à Blier, le grand spécialiste des duos à trois, d’autant que la construction du texte adopte également une structure triennale. Mais ce qui ferait surtout penser à l’auteur de « Tenue de soirée » serait le perpétuel décalage que distille Caroline Sahuquet dans son dialogue et ses situations. Ainsi, le personnage titre, récurent dans les trois tableaux, présent, omniprésent même, mais totalement absent. Catalyseur de tous les conflits et rebondissements, il est la pierre d’achoppement de cet édifice bringuebalant sous les salves de reproches et tombereaux d’insultes que se balancent à la figure les protagonistes. De là à dire qu’il s’agit d’un spectacle de plus sur l’éducation…

Décalage et subtilité

L’ensemble est beaucoup plus subtil que ça. Le gamin, au-dessus de cette mêlée, semble tirer d’invisibles ficelles, manipulant ses géniteurs à l’envi (le texte ne convoque-t-il d’ailleurs la mère Dolto, conceptrice du principe de l’enfant roi ?). S’effaçant derrière son absence physique, il laisse ces couples se révéler dans un assez jubilatoire jeu de massacre et c’est en fin de compte un état des lieux moins éducationnel que conjugal que nous propose l’auteur. Le dialogue réserve d’excellentes surprises, ne manquant pas de provoquer de nombreux rires dans la salle.

Également metteur en scène, Caroline Sahuquet fait preuve de cette même subtilité dans l’appropriation de l’espace et la direction d’acteurs. Il s’agit avant tout de marquer les différences entre les divers couples sans pour autant les opposer de manière tranchée. Comme le décor, qui subit quelques transformations au fil des séquences sans jamais être radicalement différent, il en sera de même avec les personnages qu’un attribut vestimentaire ou une légère modification de coiffure différenciera d’un tableau à l’autre. Car au fond, qu’ils soient homos ou hétéros, alcooliques ou d’une sobriété sans égale, mère carriériste ou père psychorigide, ils n’en restent pas moins des fragments d’humanité bercés de doutes ou ravagés d’interrogations, avec leurs forces et leurs fragilités face à cet inconnue qu’est la vie et plus spécialement la vie avec un gamin de 18 ans.

Portée par trois comédiens épatants, cette comédie humaine atypique qui s’autorise de très jolies sorties de routes afin d’éviter le piège du convenu, du conventionnel et du chemin balisé ne manque pas de nous questionner, nous cueillir dans notre intimité la plus enfouie comme l’écho lointain de nos névroses et de notre vécu. Incontestablement du beau travail, du beau théâtre.

Matthieu(x)
Texte et mise en scène : Caroline Sahuquet
Avec Sandie Masson, Pierre Carbonnier, Bruno Guillot
Crédit photo : Cindy Doutres

Jusqu’au 14 mai au Ciné XIII théâtre

Les mercredis et vendredis à 19h, jeudis et samedis à 21 h

 

 

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