Théâtrorama

Martyr mis en scène par Gatienne Engélibert

Martyr de Marius Von Mayenburg Martyr – Tout commence par un mot que la mère de Benjamin doit écrire au lycée pour excuser le refus de son fils de participer au cours de natation. Crise d’adolescence banale pense Mme Südel, car Benjamin a 16 ans. Elle imagine toutes sortes de raisons, Benjamin refuse de répondre, semble gêné, s’emporte et finit par dire à sa mère d’écrire sur le mot d’excuse  » motifs religieux ». Car depuis quelque temps Benjamin lit et cite la Bible à longueur de temps. Chaque situation devient pour lui l’occasion de s’opposer et de ne pas faire ce que tout le monde attend de lui, de renvoyer aux adultes l’image d’un monde désabusé et sans repères, dans lequel il ne trouve aucune forme de transcendance.

Mot d’excuse…

De citations en démonstrations, les adultes se trouvent totalement dépassés par cet adolescent « fou de Dieu » à la fois brillant et manipulateur, mal dans ses baskets, touchant dans son désespoir et sa quête du père. Avec son visage d’ange et une détermination qui ne se dément pas d’un bout à l’autre de la pièce, Pierre Andrau joue le rôle de Benjamin. Il engage toute son énergie, prend des risques et ne cède pas un pouce de terrain face à la cohorte d’adultes qui parlent à sa place.

Face à Benjamin et à la force de sa foi, les adultes se révèlent condescendants, fuyants ou laxistes, les copains dépassés ou disciples. Menacée de mort par Benjamin, seule la professeure de biologie tente une opposition rationnelle et bienveillante, ce qui lui vaudra les réprimandes de sa hiérarchie et la méfiance de ses collègues.

Des mots et des corps

Martyr de Marius Von Mayenburg Tour à tour drôle, effrayante et bouleversante, Martyr se déroule en 27 tableaux, comme autant d’étapes d’un chemin de croix moderne. Marius von Mayenburg questionne l’état de notre monde que les convictions ont déserté, son écriture met à jour les forces contradictoires de notre époque actuelle avec ses fous de Dieu de tous bords. De façon brillante, il resserre son récit autour de la trajectoire de Benjamin enfermé dans son discours enflammé tout comme les adultes enfermés dans leurs convictions émoussées et le train-train de leur quotidien vide.

La mise en scène de Gatienne Engélibert est à l’image de cette écriture incisive et rapide. La scénographie est un dispositif de tableaux noirs montés sur roulettes qui délimitent un espace en mouvement à l’image du jeu des comédiens. « Plus qu’un décor, ces grands tableaux sont des appuis de jeu, des partenaires muets auxquels se confient les personnages. Au-delà du jeu des comédiens, de leurs corps, de leurs voix, la présence de l’écrit permet à la pièce de se déployer dans une autre dimension » précise-t-elle.

Martyr de Marius Von Mayenburg Comme sur des murs que l’on tague, on inscrit, à la craie blanche, sur les tableaux noirs des mots, des idées, avant qu’ils ne se transforment en couloirs ou en toilettes du lycée, ou ne deviennent la maison du professeur de biologie, l’église du Père Menrath qui enseigne la théologie ou le bureau du proviseur. Dans cet espace unique et démultiplié à la fois, on se rencontre, on se surveille, on se dispute et on se défie.

Gatienne Engélibert « défend un théâtre où le corps de l’acteur exprime autant que le verbe ». Sa mise en scène de « Martyr » est fondée sur le mouvement du corps que l’on cache ou que l’on exhibe, le corps défaillant ou supplicié dans lequel se tisse l’intime et le politique, ce que l’on représente ou que l’on imagine. Dans son mal-être adolescent, Benjamin cherche quoi faire de son corps, où trouver sa place dans ce monde d’adultes qui ne lui offrent que des réponses de convenance. Erika Roth, la professeure de biologie accusée et rejetée est la seule à tenter de comprendre l’adolescent tout en allant sur le terrain de sa folie fondamentaliste et en lui tenant tête. Prendre sa place totalement, réellement, la faire respecter affirme-t-elle avec force et conviction, serait la seule façon de mettre fin à la manipulation et à la domination d’illuminés de tout crin.

Martyr
De Marius Von Mayenburg
Traduction de Laurent Muhleisenm (Ed. De l’Arche)
Mise en scène : Gatienne Engélibert
Scénographie : Laurent Greslin
Avec Pierre Andrau, Tom Boyaval, Sylvie Cavé, François Delaive, Nathalie Bitan, René Hernandez, Louise Rebillaud, Rainer Sievert.
Création musicale : David Chevallier
Création Lumière : Pierre Peyronnet
Durée : 1h 30

Jusqu’au 6 décembre au Théâtre de Belleville

Autres dates :
Jeudi 19 janvier 2017 à 14h30, Vendredi 20 janvier 2017 à 14h30 et 18h, Samedi 21 janvier 2017 à 14h30
Dimanche 22 janvier 2017 à 18h au Plateau 31

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