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Notre Faille de Marine Colard

Notre Faille de Marine ColardMarine Colard creuse la faille… Un petit monde d’écrans et de micro-ondes. Un petit monde de têtes carrées et blanches, rythmées dans leurs cheminements par les « ding » sympathiques et autoritaires marquant la fin de la cuisson. Un petit monde de youtubeurs qui ne s’adressent qu’à eux mêmes ou à une immense communauté de solitaires performants qui, jour après jour, creusent avec opiniâtreté le fossé qui les sépare du réel et des autres.

Marine Collard et son équipe cherchent ici une forme de radicalité dans la description du monde tel qu’ils le perçoivent. Ici, pas de récit mais une suite de moments courts, ne dépassant jamais la minute trente. Chaque acteur va tour à tour nous proposer des démonstrations d’objet, va tenir un discours sur la vie, va même parfois offrir des scènes de ménage. Mais tout est dévitalisé, volontairement creux, et par là même à la fois drôle et inquiétant. Marine Collard décrit un monde où chacun se donne en spectacle à lui-même, une sorte d’auto représentation qui emprunte tous les clichés à la télévision et à internet, qui essaye tout, du yoga transcendantal au régime vegan, non pour aller mieux mais bien pour exister ?

Crash tests avant la chute

Notre Faille de Marine ColardExister… Même ce but est à remettre en question tant la zombification a fait son œuvre. Ici les clichés ne sont pas assimilés mais bien intégrés à l’être. Les humains ne sont plus que des marionnettes aux mains de micro récits, eux-mêmes dérivés de récits ou de clichés plus anciens, eux-mêmes déconnectés de toute source vitale. L’humain se trouve tout au bout de la chaîne alimentaire du remake et finit par se manger lui-même.

Les jeunes acteurs sont tous intéressants et le spectacle de Marine Colard est réussi et efficace, même au stade où il est de work in progress. Sans nous laisser souffler, il laisse peu à peu s’installer le temps long. Le spectacle du vide nous révèlerait ainsi notre faille, notre envie de retrouvailles, de chaleur humaine…

Rien n’est moins sûr, car pour l’instant, la faille rejoint le constat. Le spectacle du désastre débouche sur un texte de Marguerite Duras, qui porte une valeur de prophétie et de rédemption. Mais, là où en est le spectacle, paradoxalement, ce texte manque de poids, comme s’il était lui-même gagné par le pessimisme. Le monde d’écrans qu’évoque l’écrivaine, le monde du temps court, qui nie le voyage, le monde enfin, tel que nous le vivons, a entièrement absorbé le sens des mots, l’évocation, l’évasion. « Un jour un homme lira, et puis tout recommencera » dit le texte de Duras. Mais qu’est-ce qui recommencera ? Ici, l’on craint que la seule chose qui recommence encore et encore, c’est ce terrible barnum.

 

Notre Faille
Texte et mise en scène : Marine Colard
Assistant mise en scène : Hugo Bachelard
Oeil de Moscou : Romain Gneouchev
Avec Cécile Basset, Gregor Daronian Kichner, Sylvie et Philippe Da Silva, Katia Grau, Richard Jovial, Roman Kané, Sylvain Ollivier, Pauline Rémond
& BlackNext by Moulinex, BlueSky by himself, Brandon by Brandt, Garance by Galanz, Lady Gaga by LG et Sam by Samsung.

Crédit photo: Marine Colard

Vu au Point Éphémère

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