Théâtrorama

Marguerite Duras, du tout au rien

Marguerite Duras en grande conversation« De tout,… de rien… de rien du tout » les mots sont de Marguerite Duras, femme de lettres, cinéaste, personnage médiatique qu’on ne présente plus tant elle a occupé la scène culturelle française. Elle s’est exprimée sur de nombreux sujets et sur tous les tons ; sur tout et rien pourrait-on dire, du fait divers à l’affaire d’état. Mettre en scène la parole de Duras, c’est rappeler qu’au-delà des interviews, elle est aussi maître dans l’art de la conversation.

Le spectacle prend la forme d’une promenade. Les acteurs nous accompagnent d’un bord à l’autre du plateau, nous sommes invités à un véritable parcours dans les œuvres de Marguerite Duras. Le montage habile des textes mêle pièces de théâtre (Le Shaga, Les eaux et forêts) et d’autres écrits (Outside, Le Monde extérieur, Ecrire, La Vie matérielle) qui sont autant de recueils du quotidien comme une manière de rappeler que le travail d’écriture se nourrit de l’observation du monde réel. Les coupures, les collages finissent par passer inaperçus ; quand bien même entre deux scènes nous passons d’une histoire à l’autre, l’enchaînement se fait sans heurt. Toutes ces voix différentes se fondent dans un même dialogue, celui entre la fiction et la réalité, ou autrement dit entre le probable et l’improbable.

Duras, de tout,… de rien… de rien du tout

Marguerite Duras en grande conversationClaire Deluca et Jean-Marie Lehec, les metteurs en scène et acteurs, ont voulu avec cette nouvelle création révéler l’humour et l’absurde qui sommeillent dans les textes du Duras. Le plateau est presque à nu ; pas un banc mais deux chaises hautes, un pauvre arbre en fond de scène, voilà pour l’état de la rue. C’est l’espace du dehors, l’espace public que la scène questionne et l’on est surpris de trouver toujours aussi actuelles les considérations de passants d’un autre siècle sur le monde contemporain et la peur. Un voisin, en panne depuis deux ans, promène son jerrican cherchant plus ou moins à redémarrer son automobile, une femme accrochée à son chien parle de son mari défunt ; quelque chose dans les personnages, dans ces situations rappelle Beckett. C’est aussi cette manifestation de la folie que savait décrire Duras toujours avec amour.

Il semble naturel au duo d’acteur de parler cette langue et on se laisse emporter sans y réfléchir. Claire Deluca, grande actrice et fameuse voix durassienne, perpétue au théâtre les enseignements de l’auteure qui l’avait elle-même dirigée. Avec son complice Jean-Marie Lehec et un humour insoupçonné, elle s’inscrit dans le sillon de La vie qui va, autre création du duo inspiré de l’auteure. On sent au delà de l’hommage, le plaisir des acteurs d’être là, la jubilation du verbe ; peu importe que l’on croit ou non à ces personnages aux multiples figures, une conversation d’un autre ordre s’installe. Duras disait tenir son style de la façon dont parlait sa concierge ; ici, la littérature continue d’entrer en résonance avec le monde.

Duras, de tout,… de rien… de rien du tout
Avec Claire Deluca et Jean-Marie Lehec
Metteur en scène : Claire Deluca et Jean-Marie Lehec
Création lumière : Jean-Marie Lehec et Paul Hourlier
Durée: 1h
Crédit photo: P. Gély
Les jeudis et samedi à 19h 
Matinée les dimanches à 16h
 – Relâches exceptionnelles les 19 et 27 novembre

Jusqu’au 3 décembre au Théâtre de la Reine Blanche

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest