Théâtrorama

Oedipe parricide de Marcos Malavia

Oedipe parricide de Marcos MalaviaNé à Huanuni, un petit centre minier à 4000 mètres d’altitude sur l’Altiplano bolivien, auteur, acteur et metteur en scène, Marcos Malavia a travaillé avec le mime Marceau, la Compagnie Jean-Louis Barrault ou Alfredo Arias. Mettant en scène Brecht, Maïakovski en passant par Gao Xingjian, c’est aussi l’homme des choix éclectiques et originaux.
Dans « Oedipe parricide », sa dernière création, il revisite les deux tragédies de Sophocle Oedipe Roi et Oedipe à Colone. Dans une mise en scène inventive et baroque qui traverse les époques, il fait du personnage central un miroir de la condition humaine.

Un combat à mort

Au centre du plateau, une tombe et les silhouettes désarticulées de chaises évoquant les tombes profanées d’un cimetière dans le quel des Ombres circulent. Sur un écran les images d’un bateau dans la tempête deviennent la métaphore de la tempête intérieure qui surgit alors que se présentent trois hommes s’appelant Oedipe.

Le récit émerge raconté de façon chorale sous la forme de chants, de comptines parfois ou d’adresses au public pris à témoin. Autour de la tombe du père, se raconte le drame intime d’un Oedipe englué dans sa névrose et qui apparaît à trois âges de sa vie : Oedipe-Candide, le plus jeune a la tête rasée d’un skinhead et le visage parsemé de piercing, Oedipe-Roi, au milieu de sa vie, campant dans ses certitudes et la toute puissance et Oedipe-Aveugle, au manteau déchiré de soldat qui semble trouver la paix en s’enfonçant dans les ténèbres de la mort qui s’annonce.

Oedipe parricide de Marcos Malavia

Dans un univers du cauchemar, où la vie et de la mort se rencontrent, la parole des trois Oedipe, s’oppose, se répond, s’invective, combat les fantômes et les hallucinations du drame initié par la prophétie qui prédisait que l’enfant tuerait son père et coucherait avec sa mère. La lutte se déroule à l’intérieur de soi-même et fait dialoguer les différentes facettes du personnage, « dans un temps suspendu où cohabitent le rêve et la mort ». S’emparant des archétypes inconscients qui gouverne la figure oedipienne, lui donnant la forme d’un rituel funéraire ou d’une cérémonie du repentir et de la rédemption, Marcos Malavia fait de sa pièce la métaphore d’un monde en voie d’effondrement et en proie aux tyrans à la grandiloquence ridicule, un monde où les hommes dévastent le corps des femmes au nom d’une toute puissance assassine. Ces femmes confinées dans la première partie de la pièce au rang de victimes deviennent au fil du spectacle l’espérance qui se lève au fond de cette arène tragique.

De la tragédie à la fête carnavalesque

L’espace unique, bordé de chaque côté par les travées où sont assis les spectateurs, ressemble à l’arène où s’affrontent le torero et le taureau. Dans une disposition bi-frontale, le public, devient le témoin de cette lutte à mort, dans un dispositif cérémoniel faisant écho aux images d’une corrida projetées sur un écran. Les voix se mêlent dans un chœur chanté ou sous la forme de récitatifs qui se répondent. Le chœur de la tragédie antique côtoie les carnavals joyeux des fêtes des morts en Amérique du Sud, certaines chorégraphies sur des musiques de tango font écho à des images de certaines pièces de Tadeusz Kantor. Chaque comédien est engagé physiquement dans un déséquilibre constant au sein d’un espace où le danger peut surgir à tous moments.

Alexandre Salberg joue un Oedipe jeune et boiteux, tout en mouvement irrépressible face à Marcos Malavia qui interprète un Oedipe-Roi rigide et éructant. Claude Merlin, de sa voix tranquille, incarne un Oedipe-Aveugle enfin réconcilié avec lui-même qui retrouve une âme d’enfant. Ce cheminement ne pourrait se faire sans le concours des Ombres, réminiscences intérieures des voix féminines, voix du passé et du présent, du repentir et de la culpabilité, de la réconciliation et de la paix. Muriel Roland joue les rôles de Jocaste et Ismène avec une force qu’elle semble puiser dans la terre elle-même. Face à elle, Éléonore Gresset ressemble à un lutin malicieux ou se transforme en une Antigone à la gravité inquiète alors qu’elle accompagne Oedipe vers sa dernière demeure.
Marcos Malavia règle tout ce tohu-bohu de main de maître. En jouant sur des approches dramaturgiques multiples il donne à la figure d’Oedipe une grande modernité, la rattachant au réalisme merveilleux que l’on trouve dans de nombreux textes de la littérature et du théâtre sud-américains.

 

Oedipe parricide
Écriture & Mise en scène : Marcos Malavia
Avec Claude Merlin, Alexandre Salberg, Marcos Malavia, Muriel Roland, Eléonore Gresset
Assistant : Etienne Beylot
Direction d’acteurs : Muriel Roland
Décor et Lumières: Erick Priano
Costumes : Louise Bauduret
Crédit photos : SourouS
Durée : 1 h 30

Jusqu’au 24 mars au Théâtre de l’Épée de Bois Cartoucherie

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest