Théâtrorama

La Maladie de la mort, Duras librement adaptée

La Maladie de la mortEntre théâtre et cinéma, la rencontre de Katie Mitchell avec Marguerite Duras pose la question du texte. La Maladie de la mort, court récit de l’une devient pour l’autre une invitation à projeter ses obsessions. Une exploration du voyeurisme finalement très creuse.

Rencontre désespérée

La Maladie de la mort est le récit désespéré d’un homme qui voudrait aimer et d’une femme qui le retrouve chaque jour en bord de mer. Il la paye pour revenir dans cet hôtel de Normandie inlassablement et elle revient à l’heure dite. Dans le récit de Duras, plus que l’engagement entre une prostituée et un client, il y a une déchirure entre un homme qui n’entre pas dans la norme, qui en souffre et une femme qui le prend en pitié. Il est atteint de la maladie de la mort, cette affection qui l’empêche d’aimer, de profiter du corps d’une femme ; l’homosexualité selon les propres mots de Duras. Une affection presque métaphysique, une interrogation sur le sens de la vie, de la mort, de l’amour réduite chez Katie Mitchell à l’anecdote…

Voyeurisme télévisé

L’équipe de télévision a investi la chambre d’hôtel au point de masquer au public ce qui se passe réellement sur le plateau. L’écran est rendu indispensable par la configuration des caméras. L’intimité du voyeur face à l’oeilleton ou l’appréhension de l’oreille collée à la porte disparaît derrière cette spectaculaire machinerie. Pas de drame intime mais un spectacle racoleur et maladroit où l’on accumule les poncifs. Il la bat, elle le supporte en silence sans qu’aucune des émotions troublantes que Duras expose n’affleurent. Ni Laetitia Dosch qu’on a connu plus pertinente, ni Nick Fletcher ne contrastent avec le cadre sordide de cette chambre sur écoute. Dans le jeu quelque chose de résigné nous distancie de cette mise en scène, peut-être la voix off d’Irène Jacob, en tous cas un piège.

L’écran piégé

Non content de montrer ce qui se filme en direct, l’écran alterne avec des prises de vues réalisée en amont. Les vues de mer essaient de repousser un peu plus les limites du théâtre pour finalement réduire le jeu entre la salle et le public. Le recours à la vidéo avec ces images rapportés d’enfance et de traumatisme qui cherchent à ancrer le personnage féminin dans une autre réalité que l’ici et maintenant de la chambre d’hôtel a quelque chose de lourd. Cette volonté de montrer le hors-champ, si éloigné des propres préoccupations de Duras et de la valeur qu’elle accordait au non-dit ôte toute subtilité au texte. Le spectacle prisonnier de ses propres moyens ne propose qu’une adaptation littérale et maladroite où les effets marchent à vide.

La Maladie de la mort
Librement adapté d’après le récit de Marguerite Duras
Mise en scène: Katie Mitchell
Adaptation: Alice Birch
Collaboration à la mise en scène: Lily McLeish
Assistante à la mise en scène: Bérénice Collet
Avec Laetitia Dosch, Nick Fletcher, Irène Jacob
Réalisation vidéo: Grant Gee
Décor et costumes: Alex Eales
Musique : Paul Clark
Son : Donato Wharton
Vidéo Ingi Bekk
Assisté d’Ellie Thompson
Lumières : Anthony Doran
Chorégraphie des combats: RC-Annie
Crédit photos: Stephen Cummiskey

Vu au théâtre des Bouffes-du-Nord

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest