Théâtrorama

Coloré et vivifiant, cet hommage à celui dont Staline dira qu’il « était et demeure le meilleur, le plus doué poète de notre époque soviétique » comme aurait gagné en intensité en se mettant davantage à la portée de tous. Un peu trop élitiste, mais néanmoins réussi.

Nous sommes dans le Paris et le Moscou des années 20. La révolution bolchevique encore très présente dans les mémoires prend pour Maïakovski des allures messianiques et internationalistes. Ce qui le mènera à une posture peu commode, métaphore involontaire de sa position dans le monde des hommes et qui le conduira au suicide à l’âge de 37 ans. Peu avant, il rencontrera grâce à Elsa Triolet, sœur de Lili Brik avec laquelle Maïakovski vit en ménage à trois, Louis Aragon.

Même la biographie référence consacrée à Vladimir Maïakovski, « Une vie en jeu » de Ben Jangfelot fait l’impasse sur cet épisode de la courte existence du poète supplicié de la vie, cette rencontre avec le dadaïste Aragon qu’accompagne déjà sa muse Elsa Triolet. En réhabilitant cet épisode hautement chargé de symboles, à moins qu’il ne s’agisse de caprices du destin, Bruno Niver parvient à offrir un spectacle très coloré où la poésie et la musique se taillent la part du lion.

Alchimie poétique
Avec pour fil conducteur l’amour, véritable raison de vivre des deux poètes, cette évocation pourtant réussie à bien des égards souffre d’un certain élitisme. Cette sensation provient moins de la fusion des deux langues dans un même élan créatif que de la manière de traiter ce sujet inconnu du grand public (qui connaît Maïakovski en France ?). En effet, la splendide Marina Kapralova fait tonner cette langue sublime dans ce petit théâtre du Marais, relayée par David Niver qui promène sa magnifique voix de Ferré à Ferrat ou encore Rimbaud (dans une impressionnante interprétation du « Bateau Ivre ») et bien sûr Maïakovski dont l’organe vocal faisait frémir ses auditeurs lorsqu’il déclamait en public ses fougueux vers. Malgré un gros problème de position du corps dans l’espace de David Niver (que faire de ces foutus bras !), cette alchimie fonctionne.

Toutefois on aurait souhaité quelque chose d’un peu plus pédagogique. Ce spectacle va plaire aux russophiles, bien sûr. Aux Russes, ça va de soi. Mais la grosse difficulté que connaissent les étudiants en russe pour pénétrer cet univers parfois confus, obscur, irrationnel de la poésie futuriste de l’URSS des années 20 va prendre ici des allures de rempart infranchissable pour un public non averti. C’est forcément un peu dommage car le théâtre reste aussi un formidable outil fédérateur.

Maïakovski, Elsa, Aragon, ils se sont rencontrés à paris
Conception, mise en scène et scénario : Bruno Niver
Avec les textes et poèmes de Vladimir Maïakovski, Elsa Triolet, Lili Brik, Louis Aragon, Arthur Rimbaud, Guillaume Apollinaire, Robert Desnos et les chansons et musiques de Jean Ferrat, Léo Ferré, Alexandre Vertinski, Dmitri Chostakovitch, Eric Satie
Avec Marina Kapralova, Bruno Niver et Olga Totoukhova
Du 4 mai au 18 juin 2011
Du mercredi au samedi à 19 heures

Théâtre du Marais
37 rue Volta, 75003 Paris
Réservations: 01 45 44 88 42
Site web

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