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Macbeth

Une reprise à ne pas rater : Macbeth vu par le Théâtre du Soleil

Il avait pourtant tout pour réussir le Seigneur Macbeth ! Bel homme, aimé des siens, respecté, admiré, comblé d’honneurs mérités, salué par le roi. Il avait tout pour être heureux. Une femme aimante, distinguée, des compagnons dévoués, un château magnifique. Et du jour au lendemain…

Alors qu’il vient d’offrir un triomphe au Roi Duncan sur ses ennemis, Macbeth a la malencontreuse idée de traverser la lande, une de ces landes éccossaises pleine de brume et de mystère…Le lieu des sorcières qui s’amusent des humains en leur fourrant toutes sortes d’idées bizarres dans la tête. Et « c’est comme si l’avenir s’était jeté sur Macbeth et lui avait mordu le cerveau avec ses dents empoisonnées (…) À la seconde, il y a eu ce besoin foudroyant de faire ce qu’on ne doit pas faire… » Macbeth, drame historique, est la vision le plus noire et la plus profonde de la mise en œuvre du Mal chez Shakespeare. C’est aussi la grande tragédie de l’imagination qui abolit la distance et mêle le fantastique et l’occulte à la réalité.

La magie d’un spectacle au cordeau
S’emparant de la mécanique du drame shakespearien, Ariane Mnouchkine transforme la noirceur des mises en scène classiques de la pièce en une folie qui s’empare non seulement de Macbeth et de son épouse, mais du spectacle lui-même. Avec à sa tête une directrice, »sorcière » et magicienne, qui se refuse à porter le nom de metteure en scène, la tragédie sort des sentiers battus pour devenir celle dont s’empare, à sa façon, le Théâtre du Soleil dans son ensemble. Des acteurs aux costumiers, du musicien Jean Jacques Lemêtre aux stagiaires, en passant par les régisseurs et les petites mains, la matière de la pièce est transformée pour emmener le spectateur sur des chemins rarement explorés.

Habituellement, le drame se concentre autour de Macbeth et de son épouse et sur la prise d’un pouvoir occulte sur un cerveau déjà malade. Dans cette version du drame, il est vu à l’oeuvre dans toute une société au travers des actions d’un couple maléfique. Les sorcières ressemblent à d’innocentes paysannes qui lancent leur prophétie comme une plaisanterie, à l’égard d’un homme à l’ego gonflé par le succès. Issu d’une société en représentation permanente, le couple devient juste l’élément machiavélique qui en dévoile les dévoiements et les turpitudes.

Mis en action avec une machinerie quasi inexistante, le décor est transformé à vue par des régisseurs qui s’intègrent dans une mise en scène où le simple pliage d’un tapis devient, dans certains tableaux, le centre d’une chorégraphie impeccable. On passe en deux minutes de la lande à la serre de Lady Macbeth, du salon du roi Duncan à l’aéroport où est accueilli le triomphateur, d’une écurie avec chevaux à une salle de danse. Transformés en marionnettes de théâtre, l’émotion mise à distance, les personnages sont au centre d’un sabbat permanent, interviewés par des media toujours en quête de sensationnel. La mise en scène de l’information brouille les cartes, amoindrit les actes du tyran et nous renvoie à notre société du spectacle.

Au-delà du texte, les évènements, réduits à une épure, sont projetés sur l’espace scénique à la façon du flux constant des informations à la télévision. Mis en exergue, Macbeth n’est qu’un rouage du Grand Mécanisme shakespearien et c’est ce dernier que Mnouchkine veut mettre en scène. Avec une équipe de plus de cent personnes et une quarantaine d’acteurs sur le plateau, elle y réussit magnifiquement. Après plus de quarante ans d’existence, le Théâtre du Soleil nous démontre qu’il reste toujours l’inventeur d’un théâtre qui tire les ombres vers la lumière, tout en se faisant la chambre d’écho de l’actualité de son époque.

Macbeth
De William Shakespeare
Comme elle est jouée au Théâtre du Soleil
Traduction et Direction : Ariane Mnouchkine
Musique : Jean-Jacques Lemêtre
Lumière : Elsa Revol
Avec dans les rôles principaux : Juliana Carneiro da Cunha, Nirupama Nityanandan,Eve Doe-Bruce Shaghayegh Beheshti, Maurice Durozier, Serge Nicolai, Vincent Mangado, Nirupama Nityanandan, Arman Saribekyan, Jean-Sébastien Merle, Sylvain Jailloux… et plus de trente comédiens qui mériteraient d’être tous cités…
Durée: 3 H 30 (Avec entracte)
Crédit photo: Michèle Laurent

Reprise du 29 Novembre au 31 Décembre 2014 au Théâtre du Soleil

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