Théâtrorama

Macbeth

La brume accueille les spectateurs dès leur arrivée. La salle s’éteint, le plateau s’éclaire d’une lumière crépusculaire et cette brume rassurante se transforme en un brouillard épais qui règne sur la lande écossaise, celui qui défait les contours, d’où surgissent les fantômes et où sont tapis les démons. Tremblez vivants, frissonnez légions du diable, les sorcières ont croisé la route du Seigneur Macbeth lui prédisant qu’il serait roi, enclenchant la terrible mécanique de l’ambition qui conduit au meurtre.

Macbeth, drame historique, est la vision le plus noire et la plus profonde de la mise en œuvre du Mal chez Shakespeare. C’est l’histoire d’un homme et d’une femme chez qui l’ambition étouffe toute forme d’éthique et qui vont faire régner dans le royaume d’Écosse la terreur et la destruction. C’est un moment de surprise, celui d’une prophétie qui tombe sur un homme presque ordinaire, presque par hasard et lui dessine un destin. C’est aussi la grande tragédie de l’imagination qui abolit la distance et mêle le fantastique et l’occulte à la réalité.

Le côté obscur de Macbeth
Toute la pièce repose sur cette démonstration du mal à l’œuvre, mais Declan Donellan ajoute une dimension supplémentaire dans sa mise en scène « (celle qui) met à jour un homme et une femme qui lentement réalisent que« ce qui est fait ne peut être défait ». Le meurtre du Roi Duncan est le premier d’une longue série qui, fatalement, ouvre le chemin aux meurtres suivants. La prophétie terrifie Macbeth, mais sous le volontarisme écrasant de son épouse, il endosse le costume du conquérant, suspend son jugement, se refuse à toute possibilité de choix en dehors des termes de la prédiction et vend ainsi son âme au diable. Tant que « la forêt n’avance pas », Macbeth croit à son invincibilité. Chaque meurtre commis ressemble à une nécessité, comme une preuve de la vérité inéluctable de la prophétie. Macbeth se laisse emporter dans la spirale. Le chemin est étroit entre la pureté et l’impureté, entre le désir d’aimer et l’ambition qui dévore tout sentiment moral.

Tout est sombre dans cette mise en scène à l’image des noirs desseins qui agitent les âmes. Du plateau nu et noir aux costumes des acteurs, en passant par un décor minimal qui évoque sous la forme de cubes à claire-voie les remparts de châteaux de la lande écossaise. Une lumière bleutée qui va du clair-obscur au noir de l’effroi, contribue à cette expérience hallucinatoire des sons, des murmures du chœur, comme produits par la nuit elle-même.

Brouillant les cartes des identités, Donellan met en scène un chœur d’hommes qui assoit l’action, la souligne et la commente. Chaque scène a pour cible constante la conquête d’un pouvoir qui respecterait chaque terme de la prophétie. La mise en scène tire sa force de cette précision dramaturgique, de la circulation d’un texte librement distribué pour tous les personnages secondaires, de l’espace vide, de l’absence d’accessoires et d’effet visuel. Chaque instant de la tragédie est porté uniquement par le mouvement maîtrisé des corps et la voix des acteurs. À la fin de la pièce, Le couple Macbeth lui-même devient la cible du pouvoir à détruire.

Au fond de la scène, les barons prêtent serment à Malcolm, le fils du défunt roi Duncan, restauré sur son trône. Au premier plan, Lady Macbeth, petit fantôme fidèle, vient se glisser à côté du cadavre de son mari qui vient de mourir. Comme un clin d’œil vers notre monde, redonnant toute son actualité à cette pièce de Shakespeare, cette dernière image n’est pas sans évoquer la photo des époux Ceaucescu exécutés en Roumanie et qui avait fait le tour du monde à la fin des années 80.
L’ordre semble enfin rétabli, mais le tableau, déjà vu lors de l’intronisation de Macbeth au début de la pièce, laisse à penser que toute prise de pouvoir est fondée sur l’impureté et le compromis, la parole donnée et la trahison.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Macbeth (site web)
De William SHAKESPEARE
Mise en scène : Declan DONELLAN
Scénographie : Nick ORMEROD
(En anglais surtitré)

Du 3 au 21 Février 2010
Du mercredi au samedi à 20 h 45, dimanche à 17 h

Théâtre Les Gémeaux
49 Avenue Georges Clémenceau
92 330 Sceaux
Réservations : 01 46 61 36 67
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