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Lucilla Sebastiani sublime Victor Hugo

Le dernier jour d’un(e) condamné(e) de La Compagnie L’Embellie Turquoise Au nom de toutes les femmes… Lucilla Sebastiani livre une renversante performance seule en scène dans cette adaptation d’un des plus fameux textes de Victor Hugo et propose un spectacle qui dépasse largement le cadre de la peine de mort. Une éblouissante réussite qui se joue encore cinq fois sous les voûtes médiévales de l’Essaïon.

Hugo a 27 ans lorsqu’il publie Le Dernier jour d’un condamné. 150 ans avant que la loi Badinter n’abolisse l’une des dernières ignominies qui entachent la superbe du pays des Droits de l’Homme. Un texte qui met en scène un homme dans un monologue, quelques jours avant que sa tête aille rouler dans un panier. Il revit son récent passé, dissèque son procès de manière quasi clinique et parle d’un avenir dont le législateur le prive. Tout se passe à la première personne, le romancier se plaçant donc en retrait et sans l’ajout du moindre élément moralisateur. Au lecteur de se forger une opinion.

Il n’empêche que ce texte demeure un des grands écrits politiques d’Hugo. L’objectivité du romancier (jamais ne sont cités le nom du condamné ni le motif de sa condamnation) est totale mais lorsqu’on connaît les crédos hugoliens qui ont résonné durant tout le 19ème siècle et dont les échos ne manquent pas de venir jusqu’à nous avec parfois une flagrante et déroutante actualité, il va de soi que Le Dernier jour d’un condamné s’inscrit dans cette littérature engagée au même titre que J’Accuse ou de L’Esprit des lois.

Lucilla Sebastiani  viscéralement habitée

La Compagnie L’Embellie Turquoise a choisi d’adapter ce texte aussi intemporel qu’universel en faisant endosser le rôle par une femme. La réussite est totale. Nous assistons à un spectacle qui transcende le texte d’Hugo et lui confère une valeur qui va peut-être même au-delà de ce que le romancier avait imaginé, la condition féminine dans les années 1820 n’étant pas ce qu’elle est aujourd’hui. Ainsi, les propos quasi bi centenaires élargissent-ils, par la voix de Lucilla Sebastiani, le spectre de leurs revendications, dépassant le cadre stricto sensu de la peine de mort. Cette innovation dans la distribution rend la parole à toutes les condamnées.

C’est sous les voutes médiévales de l’Essaïon que se tient ce spectacle d’une rare puissance. Décor idéal qui se suffit à soi-même. Lucilla Sebastiani, seule en scène durant près d’une heure et quart, va nous transporter dans la vie brisée de cette femme. Viscéralement habitée par son personnage, elle offre une performance éblouissante. Michel Piccoli dans J’ai vécu dans mes rêves dit qu’un comédien doit jouer comme si l’auteur était son premier spectateur. On ne doute pas une seconde que Lucilla Sebastiani aurait reçu la bénédiction du jeune homme de 27 ans qui allait devenir la figure légendaire et tutélaire des lettres françaises.

Le Dernier jour d’un(e) condamné(e)
De Victor Hugo
Adaptation : Florence Le Corre
Mise en scène : Pascal Faber et Christophe Borie
Avec Lucilla Sebastiani
Lumière : Sébastien Lanoue
Univers sonore : Jeanne Signé
Musique originale : Patrick Pernet
Costumes : Madeleine Lhopitallier
Durée : 1h 15mn

À partir du 13 septembre au Théâtre Essaïon tous les mardis à 19h30

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