Théâtrorama

Qu’on se le dise : deux gueules du cinéma s’affrontent au Théâtre Marigny jusqu’à la fin de l’année. La guerre est déclarée…

Leenane, petit village irlandais du comté de Galway. Deux frères, Valene et Coleman Connor, campés respectivement par Bruno Solo et Dominique Pinon, s’entredéchirent. Alors qu’ils viennent d’enterrer leur père, tué « accidentellement » par l’un des deux fils d’un coup de fusil à bout portant, la hache de guerre est déterrée. Ces deux vieux garçons ont en réalité tout pour plaire. L’un est cupide, avare et aime collectionner les figurines religieuses. Pour lui, charité chrétienne bien ordonnée commence pas soi-même : il refuse tout partage avec son frère, ne lui laissant que les miettes, et encore, en lui vendant. L’autre est rustre, menteur et ne décide de se déplacer aux enterrements qu’en vu de profiter de la nourriture gratuite et des vol-au-vent qu’on y distribue. Animés par une haine mutuelle, ils sont frères de sang, littéralement.

Mais ils ne sont pas seuls à Leenane. Deux autres personnages complètent ce tableau rural et sombre, où les Glaneuses ont été remplacées par la faucheuse. Il y a aussi le Père Welsh, prêtre du village, alcoolique invétéré en quête de foi qui tente, en vain, de réconcilier les deux frères. Il y a enfin Girleen, la petite contrebandière d’alcool qui s’attire la faveur des hommes en échange d’un maigre butin. Les voilà tous rassemblés sous la lumière de la solitude. Cette solitude âpre, violente et destructrice qui éclaire la mort que l’on donne, et celle que l’on s’inflige.

Le plus dur ce n’est pas la chute…
Cette pièce fait partie de la trilogie de Leenane, avec « La reine de beauté de Leenane » et « Un crâne dans le Connemara », écrite par Martin Macdonagh de 1996 à 1997. L’auteur, qui de son propre aveu préfère le grand écran au spectacle vivant, est également le scénariste et réalisateur du très remarqué « Bons baisers de Bruges », qui partage avec « L’Ouest Solitaire » non seulement cet humour très noir mais également sa musique, lente et grave. De la même façon, l’importance donnée au décor, à la ville, trouble. Ce décor qui se dévoile au spectateur à la façon d’un cluedo, la lumière passant en revue les accessoires qui deviendront armes. Cette ville qui sera le seul témoin des meurtres, des chantages et des suicides qui ont cours entre ses murs.

Quant aux deux acteurs principaux, ils sont habités et se battent avec leurs armes, au bon sens du terme. Ils n’hésitent pas à jouer des personnages que l’on aime détester et dont la vulgarité et la famine intellectuelle ne pourront que déboucher sur un drame. Mais, le plus dur ce n’est pas de se battre mais de mettre fin au combat. Si la réconciliation semble impossible, le combat devra être mené jusqu’au bout. Ainsi, de ce huis clos intense ressort comme une vieille rengaine, le constat selon lequel, ici-bas, l’enfer c’est la haine des autres.

[note_box]L’Ouest solitaire
De Martin McDonagh
Adaptation et mise en scène deLadislas Chollat
Avec Bruno Solo, Dominique Pinon, Elsa Rozenknop & Pierre Berriau[/note_box]

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  1. J’ai toujours plaisir à aller au théâtre à condition que la pièce et les acteurs forment un ensemble cohérent. On m’a dit beaucoup de bien de la pièce « L’ouest solitaire » avec le trop rare Dominique Pinon et Bruno Solo, que je connais comme acteur de cinéma, mais pas comme acteur de théâtre.

    J’avoue que je n’ai pas été déçu. Les acteurs sont absolument extraordinaires. Ils portent le spectacle sur leurs épaules et c’est du lourd !

    (lire la suite sur mon blog http://fanchic2011.blogspot.com/2011/10/la-bassesse-humaine.html)

    Fanchic2011 / Répondre

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