Théâtrorama

Lorenzaccio, une Florence de débauche

Lorenzaccio D'Alfred de Musset Mise en scène : Catherine Marnas Assistanat à la mise en scène : Odille Lauria, Avec : Clémentine Couic, Julien Duval, Zoé Gauchet , Francis Leplay, Franck Manzoni, Jules Sagot, Yacine Sif El Islam , Bénédicte Simon Scénographie : Cécile Léna et Catherine Marnas, Lumières : Michel Theuil, création sonore Madame Miniature avec la participation de Lucas Lelièvre, Costumes : Édith Traverso et Catherine Marnas Crédit photos : Patrick Berger Durée : 2 h  Vu au Théâtre de l'AquariumLorenzaccio – 1537. Florence est devenue une orgie sans fin vouée au seul « bon plaisir » du tyran Alexandre de Médicis. Indigné par la lâcheté ambiante, le jeune lettré Lorenzo décide d’assassiner lui-même le despote pour rétablir la République. Mais pour y parvenir, il doit prendre le masque de l’ami et s’enfoncer avec lui dans l’abject, quitte à perdre en chemin toutes ses illusions…

Drame romantique, en cinq actes, écrit par Alfred de Musset, en 1834, sur une idée de George Sand, Lorenzaccio est une reprise d’événements réels racontés dans une chronique de la Renaissance sur la vie de Florence au XVIe siècle : La Storia fiorentina de Benedetto Varchi. Musset, multipliant les anachronismes et les infidélités historiques, fait de ce personnage un héros romantique et désenchanté.

Dans une mise en scène flamboyante, Catherine Marnas fait de Lorenzo « la métaphore de notre inquiétude ». Recentrant l’action sur lui, elle le rapproche de Hamlet, son frère shakespearien et fait de la pièce une sorte de grande fête triste, qui passe du rire grinçant à l’interrogation existentielle, portée par la révolte d’une jeunesse en mal de repères.

Lorsque Musset écrit sa pièce, la Florence du XVI° siècle est l’écho de la France de Louis Philippe après la révolution ratée de 1830. Crise économique, jeunesse déçue…En la montant dans une version baroque et quelque peu déjantée, Catherine Marnas prolonge l’idée en en faisant une version punk inscrite dans notre époque chahutée par les crises successives.

Une jeunesse désenchantée

Lorenzaccio mis en scène par Catherine MarnasFaire du jour, la nuit et de la nuit le jour est le meilleur moyen de ne pas voir les honnêtes gens, c’est ce qu’affirment la jeunesse dorée et débauchée florentine qui, nuit après nuit se réunit autour d’Alexandre de Médicis et de ses amis. La pièce s’ouvre sur une fête orgiaque qui réunit des hommes déguisés en religieuses, des nobles ivres morts, des jeunes gens qui ont oublié toute retenue et ne pensent qu’a séduire les jeunes filles de préférence lorsqu’elles sont vertueuses. Au centre de cette fête ininterrompue et organisateur des débauches d’Alexandre de Médicis, Lorenzo, dandy ricaneur, baptisé de façon méprisante, Lorenzaccio par le peuple.

Dans l’ombre, Florence murmure, Florence complote contre le pouvoir des Médicis. Là encore au centre, Lorenzo qui, avec l’aide du philosophe Philippe Strozzi, promet de débarrasser la ville du tyran et de mettre en place la République. Dans le rôle titre, Jules Sagot, passe avec une virtuosité déroutante d’un duo à l’autre. Totalement pervers, cynique et imprévisible face à Alexandre de Médicis (Julien Duval, à la classe machiavélique), il devient lumineux et idéaliste avec Strozzi (Frank Manzoni). En réduisant à huit le nombre de personnages (à l’origine 80 personnages et 36 décors!), Catherine Marnas renforce les enjeux et obligent les acteurs (il faudrait tous les citer ! ) – qui jouent tous plusieurs personnages – à faire preuve d’inventivité et d’une souplesse de jeu toujours en tension.

La mise en scène joue sur la choralité d’une ville qui apparaît comme lointaine dans la brume en fond de scène et des personnages centraux, que le franchissement toujours plus grand des limites isole dans une sorte de folie carnavalesque toujours plus destructrice. Pile : est-ce que le meurtre sera inutile ? Face : est-ce que les républicains en profiteront pour rétablir « La plus belle république qui ait vécu sur la terre ». Loin d’un romantisme de mise, Catherine Marnas met ces questions à distance sans y répondre. Exacerbant les questions du pouvoir, elle note juste les désirs de garder les idéaux intacts en dépit des doutes, du désespoir et des impatiences.

 

Lorenzaccio
D’Alfred de Musset
Mise en scène : Catherine Marnas
Assistanat à la mise en scène : Odille Lauria,
Avec : Clémentine Couic, Julien Duval, Zoé Gauchet , Francis Leplay, Franck Manzoni, Jules Sagot, Yacine Sif El Islam , Bénédicte Simon
Scénographie : Cécile Léna et Catherine Marnas,
Lumières : Michel Theuil, création sonore Madame Miniature avec la participation de Lucas Lelièvre, Costumes : Édith Traverso et Catherine Marnas
Crédit photos : Patrick Berger
Durée : 2 h

Vu au Théâtre de l’Aquarium

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest