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L’Opéra de quat’sous

L'Opéra de quat'sousUne fête de théâtre… Que signifie voler, mendier quand il s’agit de survivre ? Dans certaines circonstances, que dire de l’exploitation de son prochain ?

L’Opéra de quat’sous de Kurt Weill et Bertolt Brecht continue de nous interpeller en rappelant à notre bon souvenir le sort des déshérités, des estropiés et des malmenés de la vie, nous faisant avaler la pilule en nous étranglant de rire. Donnez et il vous sera donné… La maxime s’étale de travers, en lettres de lumière blanche au tout premier plan du plateau. Après On ne paie pas, on ne paie pas de Dario Fo créé en 2013 à La Comédie de Genève, Joan Mompart, acteur et metteur en scène suisse, revient avec cet opéra « des pauvres », loin d’une morale de bon aloi. Une vraie fête de théâtre tourbillonnante, inventive, qui active à la fois la joie et la pensée…

Sur un échafaudage, à cinq mètres du sol, une douzaine de musiciens – en dehors du pianiste qui joue sur la scène – égrènent les premières notes de la chanson Mack the Knife. Sous la plateforme, dans un enchevêtrement de métal et de portes qui s’ouvrent, la scène tourne. L’astucieuse scénographie de Cristian Taraborrelli révèle les entrelacs d’une ville avec ses quartiers mal famés et ses ruelles étroites qui délimitent les quartiers : celui des prostituées, dominé par un immense escalier ; la scène tourne et nous voilà dans le quartier des mendiants ou en prison, un autre tour et apparaît l’intérieur d’un appartement.

Des mendiants, des voleurs et des putes…

Organisés par clans, sous la tutelle protectrice d’un chef de police corrompu jusqu’à la moelle, les pauvres, les déshérités et les gangsters règnent ici en maîtres. Il y a tout d’abord M. Peachum, le roi des mendiants, qui administre avec son épouse, une troupe de faux culs-de-jatte et de faux aveugles qu’il motive à coups de maximes et de coups de pied au derrière. Un peu plus loin, Mackie le surineur, prince des voleurs, joue aussi bien de son couteau que de son charme. Il est lié de façon inattendue à M. Peachum car il a épousé Polly, la fille de celui-ci, devenue raide dingue du beau braqueur. Au milieu de tout ce capharnaüm, ces derniers temps, Brown, le chef de la police ne souhaite qu’une chose : que les préparatifs de mendicités et de rapines cessent le temps du couronnement de la Reine d’Angleterre. Mais que cela n’entrave en rien ses petites affaires et les pots-de-vin qui vont avec…

https://www.youtube.com/watch?v=RqiifeEDpcw

Bouts de costumes, masques bricolés, les huit chanteurs-comédiens déploient une énergie phénoménale pour tenir la trentaine de rôles de la pièce qu’ils transforment en clownerie hyperactive et grinçante où les chansons occupent le cœur de l’action. La voix profonde et parfois tranchante de Jean-Philippe Meyer ouvre le bal avec la complainte de Mack the Knife alors que jouant des multiples tessitures de la sienne, Charlotte Filou fait de Polly une jeune fille moderne, gouailleuse, têtue et tout à fait déterminée. Il ne faudrait pas pour autant oublier François Nadin en Mackie raisonneur, Thierry Romanens et Brigitte Rosset qui forment le duo de choc de M. et Mme Peachum, Carine Barbey, pute au grand cœur, Lucie Rausis, la rivale teigneuse de Polly dans le cœur du beau Mackie et enfin Philippe Tlokinski, souple comme une liane et d’une rapidité étonnante, sorte d’homme à tout faire de nombre de personnages secondaires. La musique de Kurt Weill souligne les dialogues engagés de Brecht pour ouvrir la pièce vers la Balade des pendus de François Villon qui, enjambant les siècles, la jungle des villes, nous signifie que rien n’a changé sous le soleil… L’homme est bel et bien resté un loup pour l’homme. Comme le souligne Mackie le Surineur bandits et banques multinationales relèvent ici des mêmes procédés. Avec ses livres de comptes, il n’est, affirme-t-il, qu’un homme d’affaires comme un autre : d’un côté le pied de biche, de l’autre les opérations financières, qu’à cela ne tienne l’argent est toujours roi.

L’Opéra de quat’sous
Musique : Kurt Weill
Texte : Bertolt Brecht
Traduction: Jean-Claude Hémery
basé sur la traduction de Élisabeth Hauptmann de l’Opéra des gueux de John Gay
Mise en scène : Joan Mompart
Scénographie : Cristian Taraborrelli
Avec Carine Barbey, Charlotte Filou, Brigitte Rosset, Jean-Philippe Meyer, François Nadin, Lucie Rausis, Thierry Romanens, Philippe Tlokinski
Musiciens : Olivier Bernard, Denis Desbrières, Guillaume Dutrieux, Nicolas Fehrenbach, Pierrrick Hardy, Charles Kieny, Jean-Louis Pommier, Julien et Yves Rousseau, Pierre-François Roussillon.
Lumière : Laurent Junod
Direction musicale : Christophe Sturzenegger.
Durée : 2 h 15

Jusqu’au 14 avril
au Théâtre 71

Dates de tournée :
22 & 23 avril :Théâtre du Crochetan à Monthey(Suisse ) –
26 & 27 avril : Nuithonie-Equilibre à Fribourg (Suisse ),
4 mai : Les 2 Scènes Scène Nationale de Besançon, (France)
10 mai : Théâtre Le Reflet à Vevey, (Suisse )
24 mai : Théâtre de Corbeil-Essonnes, (France)

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