Théâtrorama

Seule en scène, la jeune Eléonore Agritt livre une troublante performance à partir d’un texte difficile dont elle s’empare avec fougue pour le faire sien. Sans empathie, son jeu puissant ne verse jamais dans la facilité. Les mots en ressortent sublimés.

© Grégoire Alexandre

C’est une jeune femme pâle, presque maladive, vêtue d’une espèce de tunique monochrome dans les blancs cassés, qui apparaît sur scène. Le décor ne surenchérît pas dans la gamme chromatique. Des cartons posés au sol, quelques accessoires banals, une table, une chaise, un matelas. Où sommes nous ? Dans une chambre d’hôpital psychiatrique ? On pourrait le croire. Car une folie s’empare progressivement du personnage qui, on le comprend très vite, parle à son amour perdu. Perdu comment ? Perdu à en perdre elle-même la raison ?

Rapidement, les choses se mettent en place. Non, cette femme n’est pas folle. Pathologiquement s’entend. Folle de douleur, certes. Son homme « couleur de nuit tombée » est parti le long du fleuve. Nous sommes en Louisiane, ce pays où blancs et noirs ne se mélangent guère. Petit à petit, la parole jouant son rôle cathartique, les souvenirs colorent un autre monde, celui plus intérieur de l’intime, là où le terrestre n’est que pâleur exsangue. On ne s’aventure bien sûr pas dans les méandres de ses souvenirs sans quelques souffrances…

Une comédienne étonnante
Le texte de Fabrice Melquiot décrit l’absence torturante mais il y accroche toute une poésie bien à lui (les fameux flacons que le personnage évoque et qui sont comme autant de fioles de souvenirs qu’elle vide devant nous). Les images se succèdent alors à un rythme vertigineux, traduisant cette ivresse de la solitude dont il faut sortir de peur d’y perdre la raison.

Brontis Jodorowsky, que l’on a adoré récemment dans « Le Gorille » de Kafka où il interprétait avec une puissance hors du commun le rôle titre, dirige et met en scène ici la jeune Éléonor Agritt. Sa performance incandescente nous fait vibrer. Sans jamais verser dans l’empathie (grande qualité de ce spectacle), avec une diction parfois abrupte reflétant la douleur du deuil que personne ne peut consoler, la comédienne occupe seule tout l’espace scénique, chorégraphiant presque ses déplacements. Cette relative légèreté, en contrepoint avec la pesanteur du sujet, assure à ce spectacle sa formidable homogénéité et un équilibre parfait. Du très beau travail.

L’Inattendu
De Fabrice Melquiot
Texte publié aux éditions de l’Arche
Mise en scène : Brontis Jodorowski
Avec : Éléonor Agritt
Lumières : Rémi Nicolas
Costumes : Élizabeth de Sauverzac
Musique : Édouard Ferlet
Du 4 janvier au 12 février 2011, du mardi au samedi à 20 heures
Les Déchargeurs, 3, rue des Déchargeurs, 75001 Paris
Réservations : 0892 70 12 28
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