Théâtrorama

Un couple joue carte sur table et décide de s’avouer ses infidélités. Périlleux. Les tirades tranchantes et félines alimentent une scène de ménage hilarante.

Elle veut savoir combien de conquêtes il a eu. Sur la défensive, il accepte finalement de répondre à condition qu’elle se prête aussi au jeu. Donnant-donnant. L’ « état des lieux » peut alors commencer, histoire de « remettre les compteurs à zéro », martèle le couple comme pour se motiver. Il avoue douze aventures brèves ; elle, une seule, qui a duré neuf mois. C’en est trop : le mari piqué au vif insiste pour connaître le nom du traître. Serait-ce son ami Claude ? Dans le doute, il l’invite le jour-même, histoire d’en avoir le cœur net. Jusqu’à la fin de la pièce, le doute subsiste : la femme mènerait-elle son mari en bateau ? Une chose est sûre : sournoise, elle parvient à faire vaciller son mari, pétri de rage.

Crédit photo Eric Devert
Crédit photo Eric Devert

Pris au piège
Il faut dire que le pari tient de l’audace. Peut-être même de la sottise. Comptabiliser ses infidélités, sous la demande pressante de Madame. Autant dire que le couple joue avec le feu. Ne sait-il pas qu’on ne peut pas tout révéler dans une union ? Qu’est-il passé dans la tête du mari pour accepter de relever un tel défi ? Comme on pouvait s’y attendre, sur la scène du Théâtre de l’Oeuvre, les mariés aventureux s’adonnent à une partie dangereuse. La femme parvient à garder le cap, mais le mari perd les pédales. L’Illusion conjugale repose sur une joute conjugale piquante signée par Eric Assous, qui réserve quelques répliques cuisantes : des envolées agacées chez Monsieur, des tirades perfides chez Madame.

Crédit photo Eric Devert
Crédit photo Eric Devert

Les comédiens servent cette scène de ménage acidulée et drôle avec finesse. Isabelle Gélinas campe une épouse prête à tout pour faire éclater la vérité. Elle avance à pas de velours car c’est une femme amoureuse mais blessée qui manigance, qui manipule son mari par amour. Cinglante, elle sait ruser et viser juste. Le jeu d’Isabelle Gélinas est dosé, tout en nuances et en sobriété. Loin de péter un plomb, elle la joue fine. Plus dangereuse qu’elle n’y paraît, elle poursuit vaillante et froide son objectif, avec une certaine désinvolture mêlée d’une (fausse ?) assurance redoutable. Face à elle, le personnage de Jean-Luc Moreau –savoureux- a du souci à se faire. D’entrée, face à l’aveu troublant de sa femme, il voit rouge. Très drôle voire touchant à force de traquer l’identité de l’amant, le comédien n’en fait pourtant pas des tonnes. Il ne succombe pas à la facilité et mesure ses emportements. Il bout, mais pas tout le temps. Jean-Luc Moreau a ce sens du rythme, qui sert à merveille la pièce. Pris dans l’étau du couple, José Paul, dans le rôle du prétendu amant, parvient à s’imposer, avec discrétion. Il tempère les élans du couple et ne s’en trouve que plus convaincant. Affaibli par un divorce et la perte de son emploi, il renvoie l’image d’un homme paumé, qui refuse néanmoins de servir de gibier. On a plaisir à suivre ce trio chaotique qui nous rappelle la (dure) réalité conjugale. La preuve : le public n’en finit pas de rire. Jaune ?

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] L’Illusion conjugale
D’Eric Assous
Avec Jean-Luc Moreau, Isabelle Gélinas, José Paul
A partir du 15 janvier 2010
Du mardi au vendredi à 21h, samedi à 18h

Théâtre Tristan Bernard
64, rue du Rocher, 75008
Réservations : 01 45 22 08 40[/slider]

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