Théâtrorama

Classique du théâtre populaire hongrois, « Liliom » a été écrite en 1909 par Ferenc Molnár et adaptée au cinéma par Fritz Lang en 1934. Cette fable réaliste plantée dans les quartiers pauvres de la banlieue de Budapest a gardé, cent ans après, toute sa modernité. Le récit se nourrit de la réalité sociale et du récit imaginaire, comme le mal nécessaire à l’équilibre du bien…

Liliom est un bonimenteur, utilisant ses talents d’orateur pour attirer les clients – surtout les clientes – vers le manège pour lequel il travaille. Julie, une jeune domestique, tombe sous les charmes du beau parleur qui lui fait tourner la tête, comme les chevaux du carrousel. Si les paroles lui avaient obtenu un travail, c’est également les mots qui le feront renvoyer. Chômeur, Liliom va sombrer dans l’oisiveté et la violence, frappant celle qui est devenue sa femme. Alors qu’il apprend qu’il va être père, ce dernier se réfugie dans l’illégalité pour essayer de sortir de ce cercle infernal. Sur le point d’être arrêté par la police, le vaurien se donne alors la mort, préférant se soustraire à la justice par le suicide. Quand il franchit les portes de l’au-delà, il apprend qu’il doit rendre des comptes et que « tout ne s’arrête pas si facilement ». Sur la terre ou au ciel, Liliom reste un vaurien en marge de la société: il se retrouve au commissariat divin, les pauvres n’ayant même pas droit au vrai purgatoire.

rédit photo A. Bozzi
rédit photo A. Bozzi

Liliom le maudit
Fritz Lang, réalisateur de « M le maudit », rejoignit la France en 1934 après que Goebbels lui eût proposé de prendre les rênes du département cinéma du ministère de la propagande, ignorant ses origines juives. Il en profita pour tourner le seul film qu’il réalisa en France, « Liliom », avec dans le rôle-titre Charles Boyer, avant de rejoindre Hollywood. Ferenc Molnár dû lui aussi, en raison de ses origines, fuir la Hongrie, à l’aube de la seconde guerre, et également gagner les Etats-Unis. On peut alors, d’une part, souligner le caractère prophétique de cette fable dans laquelle Liliom a pour rêve de traverser l’Atlantique et d’atteindre son paradis à lui. Malheureusement son premier voyage sera son dernier, suivant ainsi le destin tragique de l’acteur Charles Boyer qui se donna lui aussi la mort. D’autre part, il est intéressant de relever que le film de 1934 est plus théâtral, tant dans son interprétation que dans sa mise en scène, que la pièce présentée à La Cartoucherie.

Crédit photo Anitonia Bozzi
Crédit photo Anitonia Bozzi

Liliom l’intemporel
Ce qui frappe avant tout dans « Liliom » c’est l’acuité et la modernité du texte, ou tout au moins de la traduction. Cette violence des quartiers populaires de Budapest résonne encore aujourd’hui avec force, par l’emploi d’un langage volontairement « primitif », selon l’aveu même de l’auteur. La naïveté touchante des personnages est renforcée par une interprétation toute aussi fraiche qu’innocente. La gravité du propos gagne alors une certaine légèreté qui transforme le récit en une fable intemporelle. Loin d’être une étude sur le sens de la vie, la pièce arrive à évoquer avec justesse les thèmes sensibles du pardon et de la mort. Et dans ce sens, quand le détective de dieu déclare à Liliom que « l’homme ne meurt que quand on l’oublie » on peut imaginer que l’auteur évoque en réalité la peur de l’artiste de voir son œuvre ne pas lui survivre. Enfin, comment ne pas se réjouir du caractère métissé de la distribution, car en plus d’être intemporelle, « Liliom » est universelle.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Liliom – ou la vie et la mort d’un vaurien (site web)
De : Ferenc Molnár
Traduction : Kristina Rady, Alexis Moati et Stratis Vouyoucas
Mise en scène : Marie Ballet
Avec : Naidra Ayadi, Olivier Bernaux, Noémie Develay-Ressiguier, Boutaïna Elfekkak, Matthieu Fayette, Jean-Christophe Folly, Nelson-Rafaell Madel, Emmanuelle Ramu et Geoffroy Rondeau

Du 13 novembre au 13 décembre 2009
Du mardi au samedi 20 h, dimanche 16 h 30
Cartoucherie – La tempête
Route du Champs-de-Manœuvre
75012 Paris
Réservations : 01 43 28 36 36 [/slider]

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