Théâtrorama

Il y a souvent de bonnes surprises à la Loge. On y voit un choix audacieux d’artistes émergents – le plus souvent amenés par le contexte à émerger pour toujours, à la manière des poissons volants qui voyant le soleil un instant, retournent dans l’océan. Ce n’est pas le destin qu’on souhaite à Rébecca Chaillon, tant elle donne sans compter et tant elle nous dévore de son talent.

Rébecca Chaillon est une boule de coco géante, une sirène en boîte, un ventre tout entier. Elle est organe, viscère odorante, viande ficelée, graisse abondante. Elle est lèvres, chatte poilue, langue baladeuse. Elle est sexe ouvert et farce à pénétrer.

En un mot, Rébecca Chaillon prend sur elle et en elle, tout ce que le « ventre » peut lui évoquer. Et elle le fait à sa manière, toute entière, sans se laisser manger par les thèmes mortifères que l’on retrouve souvent dans les spectacles qui parlent de nourriture. On s’éloigne des catégorisations habituelles et des fausses mises à distance. Ici, le rapport à la nourriture est pris dans son entier, maladif comme jouissif. C’est un être humain qui parle. Et surtout c’est un être humain qui mange, et qui plus tard sera mangé. Rébecca Chaillon, par la grâce de sa folle énergie, nous ramène au désir dans ce qu’il a de plus charnel et au corps dans ce qu’il a de plus réel. Elle nous expose sa viande abondante, loin des standards de publicité pour frigidaire, et elle nous oblige à l’aimer, à retrouver son humanité.

Femme viande, femme réelle
Derrière le discours de dévoration se cache celui du désir amoureux. Le corps féminin est ici pris à bras le corps comme un objet, pour en révéler la vraie nature. La femme-objet, ou la femme-bout-de-viande-à-sauter-en-soirée est ici incarnée par la performeuse jusqu’au bout de son propre désir. On assistera notamment à un authentique moment de « bukkake au lait », qui ne laissera personne indifférent, que ce soit sur les plans du désir, de la gêne, de la fascination – sans doute un peu des trois à la fois. C’est comme si elle disait à un amant passé que si la dinde qu’il vient de fourrer est effectivement un bout de viande, il est un bout de viande sensible, capable de sentiments et de souvenirs. Bref, qu’il est un être humain.

Au-delà du sens – à la fois très fort et très simple – de ce spectacle, on notera la grande qualité du travail plastique et vidéo, la pertinence du son, la beauté des lumières. Le produit est bon, et l’emballage est à la hauteur. Rien de ce que vous verrez sur scène n’agira comme un simple décor ou une aimable évocation. Rebecca Chaillon fait l’amour avec tout ce qui l’entoure, et si le frigidaire avait manifesté une émotion, je n’en aurai pas été plus étonné que cela.

L’estomac dans la peau
Texte et performance : Rébecca Chaillon
Assistanat et dramaturgie : Louise Dudek
Création sonore : Elisa Monteil et Raphael Mouterde
Création lumière : Jérôme Bertin
Création scénographique et troisième œil : Nathalie Hauwelle
Création vidéo et mise en scène du texte projeté : Rébecca Chaillon et Ramon Diago
Coaching : Rodrigo Garcia

Au théâtre La Loge, du 15 au 18 septembre à 21h

 

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