Théâtrorama

De la calotte haut-de-forme à la queue-de-pie, la panoplie est impeccable – il lui manquerait une pipe pour rivaliser avec Monsieur Hulot. Du front au menton, la mimique est drolatique – il lui manquerait la moustache frétillante et la mine à l’albumine pour jouter avec Charlot. Côté esprit, les traits sont aussi bien tirés – il a cet air de Rouletabille sans en avoir l’air, à jouer avec ces « choses immenses que nous ne voyons pas ». C’est Monsieur Potsunen, seul en scène : non pas solitaire, mais absolument unique.

Kentarô Kobayashi prend son temps. Le temps de savamment cultiver son goût pour le minimal, mais pas n’importe lequel : il a l’épure décalée qui s’illusionne et l’attention qui se fixe sur les menus détails du quotidien. Avec ses lunettes sans verre et son costume tracté à quatre épingles qui éclatent à la moindre occasion, en quelques claquements de doigts ou en de furtives vrilles de breakdance, il fait glisser son solaire et lunaire Monsieur Potsunen dans les failles fantastico-burlesques d’une « petite vie étrange », à la simplicité avouée d’une coquille d’œuf vide qu’il peut alors remplir à foison.

Le cas Potsunen s’étudie de près, comme un insecte à disséquer, parmi ceux qu’aucune encyclopédie ne recense encore. Dans le livre invisible qu’il aime ouvrir, la couverture s’en tient aux promesses d’un battement d’ailes, et à la lueur d’une ampoule à idées. La belle page, s’offrant en un grincement de porte – le seuil de la création – dessine un monde en kit à rébus ou à énigmes, et un artiste qui s’évade en repoussant les limites de ses murs. Le reste des chapitres est un assemblage de « poèmes comiques », haïkus libérés de leurs contraintes, réinventant sans cesse les accents d’un langage particulier.

« Ceci n’est pas une pomme », à moins que…
Kentarô Kobayashi prend son temps. Le temps de sortir du temps. Lorsqu’il pénètre dans les rouages de son horloge sur toile, non satisfait de trotter à côté de la trotteuse, il motive également le moteur. Le voici à la fois acteur et spectateur d’une caverne à images défilant sous ses yeux, par écran, tableau ou chambre photographique inter- et superposés. Mais l’aiguille qu’il agite n’indique aucun temps moderne ou ancien : son turlupin de Pierrot possède le don formidable de la duplication et de l’ubiquité, et un penchant pour les scènes surréalistes.

Sa petite vie étrange est ainsi parsemée de références détournées et d’accueils d’un imprévisible facétieux. Jouant avec l’inhabituel caché sous les habitudes, il entame un long voyage muet qui questionne et rend hommage au pouvoir infini des formes artistiques. Cela passe par des clins d’œil allant du kabuki – mais ici, la marionnette est armée de petits tentacules réfractaires – au manga, brossant le costume du plombier vidéo-ludique le plus célèbre, endossant les paillettes disco et le déhanché d’un travoltien confirmé, jusqu’à faire un tour dans la bedaine bidonnante de la baleine universelle.

C’est que Kentarô Kobayashi ne reste jamais bien longtemps en place et a le don de transformer ses expérimentations en métaphores, et inversement. Au Japon, à l’écart des autres artistes populaires qui préfèrent le petit écran, il réserve mimes et magie aux planches, le plus souvent avec son acolyte Jin Katagiri et leur duo « Rahmen’s ». En France, il débarque avec le style unique de son personnage créé en 2005, et avec les expressions d’une virtuosité multiple. Pour une œuvre dédiée à la saisie géniale du réel et d’instants ordinaires, de celles qui prennent ceux qui croyaient prendre.

La Petite Vie étrange de Monsieur Potsunen
De Kentarô Kobayashi
Conception, décors, mise en scène et interprétation de Kentarô Kobayashi
À la Maison de la Culture du Japon à Paris les 29, 30 et 31 janvier 2015

 

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