Théâtrorama

Sous le masque rigolard du Pierrot lunaire loufoque et débridé, Simon Labrosse, sorti de la plume de l’ingénieuse Carole Fréchette, laisse poindre quelques faits hélas bien ancrés dans notre société-laminoir. Du théâtre aussi drôle qu’intelligent que défend une équipe soudée et brillante.

Simon Labrosse est de ces individus semblant débarquer d’un autre monde et donc à la recherche d’une place dans celui-ci. Ca commence, subsistance oblige, par la quête d’un boulot, saint Graal des temps modernes. Ayant remarqué quelques travers chez ces drôles d’humains, il se propose, afin de les corriger ou simplement d’aider à les corriger, d’axer dessus ses recherches d’emploi. Moyennant une obole. Modeste bien sûr, car ce zigue n’a pas vraiment la thésaurisation pour ligne de conduite.

Pour nous raconter cette folle semaine, scandée au rythme d’un job par jour, il s’entoure de Léo, dépressif incapable de prononcer le moindre mot positif et Nathalie, un poil narcissique et obsédée par son épanouissement personnel. Tous deux interpréteront donc les personnages auprès desquels Simon postulera.

Si le mot d’ordre de ce spectacle est résolument de distordre à l’envi la réalité par des trouvailles toutes plus loufoques les unes que les autres, ce n’est que pour mieux nous renvoyer cette même réalité en pleine figure. Car au fond, sommes-nous tant que ça dans une autre dimension lorsque Simon se propose de finir les phrases d’un couple, référence à peine appuyée à l’incommunicabilité, fléau d’une époque paradoxalement surmédiatisée ? Postuler à un emploi de flatteur d’égo relève-t-il vraiment de la SF ? Et que dire du poste consistant à alléger les consciences…

Trois comédiens épatants
Soutenue par une mise en scène qui joue elle aussi la douce folie et le mouvement incessant, les transformations (les portes sur roulette, les objets multi usages), cette introspection loufoque de notre quotidien réserve de grands moments de pure déconnade, d’humour aussi bien visuel que dialectique.
Enfin, et ce n’est pas le moindre, trois comédiens épatants défendent avec acharnement ce texte. Dans le rôle éponyme, David Braun fait des merveilles, jouant sur ses talents de clown autant que sur son physique parfaitement adapté à l’emploi. Mais ce sont ces deux partenaires qui par leur rôle respectif, relevant beaucoup plus de la performance, vont plus que lui capter l’attention. Stéphane Hervé, dans la peau de Léo l’atrabilaire incapable de sortir de ce corset de pessimisme même pour jouer ses personnages, livre une composition étonnante. Quant à Violaine Nouveau, elle endosse une impressionnante galerie de portraits avec puissance de jeu phénoménale. Un trio gagnant à ne pas manquer !

Les sept jours de Simon Labrosse (Si sa vie vous intéresse)
De Carole Fréchette
Mise en en scène par Stéphane Hervé et Amélie Dumetz
Avec David Braun, Stéphanie Hervé et Violaine Nouveau
Du 3 mai au 11 juin 2011
Du mardi au samedi à 19 heures
Manufactures des Abbesses
7 rue Véron, 75018 Paris
Réservations : 01 42 33 42 03
Site web

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