Théâtrorama

D’une situation presque surréaliste, Elizabeth Sender propose un spectacle très ancré dans la misère sociale actuelle mais sans misérabilisme et avec beaucoup d’humour. Les comédiens excellent. C’est à la Manufacture des Abbesses !

Dans un commissariat débarque une femme, employée des Postes, valise à la main prête se constituer prisonnière pour un crime qu’elle a commis dix ans plus tôt et que la police à l’époque avait classé comme un suicide. Le commissaire écoute mais refuse de prendre la déposition. L’heure est grave. Vraiment ?

La situation a quelque chose d’ubuesque, de potentiellement drôle et on imagine aisément ce qu’aurait pu en tirer un bon cinéaste spécialiste de la comédie burlesque américaine ou même un type bien de chez nous comme Bertrand Blier. Il n’en sera rien. Le rire, pourtant très présent et amené de manière quasi unilatérale (par le flic) va simplement servir de soupape de décompression à un propos bien plus profond.

L’anti polar par excellence
C’est en effet un tête-à-tête qui va faire surgir au grand jour bien des fêlures que propose Jean Teulé. Le flic et la factrice vont laisser tomber l’uniforme. Ou le masque… Et se dévoiler tout en se faisant psychanalystes chacun leur tour. On les sent épris d’autre chose que ces ennuis qui les clouent au sol. Fichue loi de la gravité qui ne s’en prend pas qu’aux objets mais aux esprits, aux âmes. Lui n’a rien du pandore fier à bras classique. Il va même s’avérer l’anti-flic par excellence : apologue du mensonge, un peu magouilleur, un brin voyou. En un mot : humain. La meurtrière, quant à elle, n’est qu’amour de son prochain. Peut-on faire plus humain ? Alors, quelle gravité accorder à leurs actes ?

En brouillant ainsi les pistes, l’auteur propose quelque chose de profondément original, un brin surréaliste, un poil féroce et aux antipodes du polar. Le travail de mise en scène d’Elizabeth Sender va consister alors à rendre cette situation plus plausible que ne le suggère le propos initial. D’entrée de jeu, les bruitages nous plongent dans ce réalisme, avec un zest de cinématographie. Evidemment, « Garde à vue » de Miller, admirable huis clos policier nous revient en mémoire.

Le jeu des comédiens opère ce même glissement, permettant par ailleurs de créer une forme d’empathie avec les personnages. Marc Brunet est ce flic un peu spécial auquel il apporte cette bonhomie qui déclenche les rires. Hélène Vauquois incarne à merveille, sans surcharge de pathos, cette meurtrière d’un genre particulier. Comme un arbitre à cette confrontation qui n’en sera finalement pas vraiment une, Christian Neupont joue un collègue du flic, bientôt en retraite. Un personnage pas vraiment utile mais bien campé.
Si les lois de la gravité nous poussent irrémédiablement vers le bas, en voilà qui vont vous faire décoller !

Les Lois de la gravité
D’après le roman de Jean Teulé
Adaptation : Marc Brunet
Mise en scène : Elizabeth Sender
Avec Marc Brunet, Hélène Vauquois, Christian Neupont
Lumières et bande son : Jean-Maurice Dutriaux
Les vendredis et samedis à 21 heures, dimanches à 17 heures
Manufacture des Abbesses
7 rue Véron, 75018 Paris
Réservations : 01 42 33 42 03
Site web

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest