Théâtrorama

Les partis pris de mise en scène et d’adaptation englobant notamment un glissement historique de l’intrigue et l’incursion de musiques de film, loin de dénaturer le texte intouchable de Choderlos de Laclos, le grandissent plus encore. Pari gonflé. Pari gagné !

C’est LE chef d’œuvre incontestable de la littérature épistolaire, le seul à marier aussi savamment un impératif formel à son fond narratif. Traduit dans toutes les langues, il subit bien des outrages dès qu’il fut question de l’adapter. La langue de Choderlos de Laclos ne se contente pas d’un bon cinéaste tel que Stephen Frears pour se sublimer devant une caméra. On en sort un joli film. Pas un chef d’œuvre. A bien des égards et sous condition de quelques coupes, le théâtre semble finalement mieux indiqué pour jouer ce jeu mortel de la séduction et du libertinage. Encore faut-il oser affronter le monument.

Dans sa mise en scène, Régis Mardon propose un déplacement dans le temps en situant le début du spectacle aux premières heures de la Révolution française, d’où le sous-titre « la fin d’un monde ». Le point de vue adopté sera celui de Madame de Rosemonde, tante du fameux vicomte de Valmont, tombeur invétéré et intriguant jusqu’au bout des coturnes. Embastillée, elle attend son exécution. Et se souvient.

Comme au cinéma
Le procédé du flash back itératif va permettre de situer le propos quelques années après sa parution sans modifier de ce fait la véritable intrigue qui reste exactement celle du roman. La marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont vont se livrer à ce jeu pervers de la séduction que seuls peuvent se permettre les gens sans morale. Ils vont pour ce faire élire comme victime la pure Cécile de Solanges et la pieuse présidente de Tourvel.

Ces vipérines embrassades et diaboliques étreintes, cette escalade dans le mensonge vont prendre forme sur scène avec une double intention : rendre le propos moderne tout en lui conservant ses atours (langagiers notamment) du 18ème siècle. Ainsi le flash back (apanage cinématographique s’il en est) mais aussi les musiques de Bernard Herman (l’alter ego musical d’Hitchcock) se mélangent-ils aux costumes d’époque et à ce verbe précieux, lyrique, libertin. Le résultat est un spectacle de haute facture, que portent de très bons comédiens. Entouré de sa « cour » dont chacune des comédiennes insuffle une vraie identité à son personnage, Michel Laliberté, que nous avions déjà adoré dans le récent « Cavales » est un Valmont riche, intense, capable de jouer de son charisme naturel autant que de la présupposée connaissance du public de son vénéneux personnage. Divine perfidie !

Les Liaisons dangereuses ou la fin d’un monde…
D’après l’œuvre de Pierre CHODERLOS de LACLOS
Adaptation : Régis MARDON et Pascal-Emmanuel LUNEAU
Mise en scène : Régis MARDON assisté de Laurence PORTEIL
Costumes : Camille LAMY et Marlène ROCHER
Décors : Catherine PARMANTIER
Avec Marie DELAROCHE, Guylaine LALIBERTE, Michel LALIBERTE, Eloïse AURIA en alternance avec Coralie COSCAS et Maria LABORIT en alternance avec Christine MELCER
Théâtre de l’Essaïon
4 rue Pierre au Lard, 75004 Paris
Tous les lundis et mardis à 21h30 et dimanches à 17h30
Réservations : 01 42 78 46 42
Site web
Durée : 1h30

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