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Les insatiables

Ils veulent tout. Le mariage ? Pour le meilleur seulement. Le pire, c’est leurs petites magouilles de resquilleurs de bonheur pour pactiser avec leurs partenaires. Petits arrangements entre amis à la Hanokh Levin. Un humour grinçant jusqu’au bruxisme sociétal.

L’âme sœur, ils la cherchent tous les trois. Mais si en plus il y a un moyen de faire des bénéfices dessus, la bague au doigt passerait mieux. Chez eux, l’amour ne rend pas aveugle. Encore moins presbyte. Pas question de se lancer dans l’inconnu par un oui irréfléchi. Tout se calcul, tout se soupèse. Il n’y a pas de petites économies et ce n’est pas la plantureuse pharmacienne siégeant en reine derrière son comptoir qui va dire le contraire. Elle évalue ses clients comme des bons partis potentiels. Entre un vieux garçon raidi par la radinerie et le vendeur de capotes à la criée (unique héritage de son père) qui aimerait bien unir ses intérêts à ceux de la tenancière de médicaments, le cœur de la belle balance, se donne un peu, se rétracte d’un seul coup. A force de refuser toute concession, les bonnes occasions prennent la poussière. Le schéma se redessine vingt ans plus tard mais l’âge n’évite pas les écueils de l’ego et la solitude fait un pied de nez aux rêves d’ailleurs.

Derrière le rire, le gouffre
Mise en page 1Hanokh Levin démange l’être humain là où ça le grattouille… Dans ces petites médiocrités qu’il cherche à tout prix à cacher et qui finissent par le rendre tellement attachant. Les faux-semblants sont démasqués chez ces Thénardier du quotidien qui négocient leur amour comme le stock de capotes invendables de Sprol. L’humour tord-boyaux de Levin vire au grotesque noir avec une angoisse de mort qui se faufile en filigrane des répliques. L’exubérance des corps comme remède à la faucheuse. La metteur en scène, Guila Braoudé, s’amuse à mettre ces corps en avant et en contact. Les petits détails du bas corporel deviennent prétextes à la gaudriole. Le sexe est érigé de bout en bout et tourne autour de ces capotes australiennes qui chatouillent les envies d’un Yonathan étriqué, caressent les ambitions monétaires de l’ambitieuse Bella Berlo et étouffent l’existence de Sprol. Pas d’abstinence à la vie. Mais les capotes sont périssables, comme les espoirs déchus. Cette comédie délicieusement crue se consomme dans une version cabaret si chère à Levin (sur une musique composée par Jacques Davidovici) dans un décor constamment étoilé. En chanson tout passe mieux (surtout le sexe). Autant dire que Marianne James se régale (et nous régale) sur scène. Elle joue les matrones plus obsédées par le billet vert que par les billets doux et explose dans une scène orgasmique anthologique qui pousse jusqu’à la transe vocale. Une pointure du comique bien chaussée par ses deux partenaires, Patrick Braoudé et Lionel Abelanski, et qui en plus parvient à charmer le public dans la gamme du tragique et de l’émotion. Trio gagnant pour ces insatiables qui remplissent la salle de rires.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Les Insatiables (site web)
De Hanokh Levin
Mise en scène de Guila Braoudé, assistée de assistée de Laurent Courtin et Smadi Wolfman
Avec Patrick Braoudé , Marianne James , Lionel Abelanski
Arrangeur gestuel : Ged Marlon
Scénographie : Sophie Jacob
Costumes : Mimi Lempicka
Lumières : Jérôme Peyrebrune
Musique : Jacques Davidovici
Jusqu’au 30 décembre
Du mardi au samedi à 21h, samedi et dimanche à 16h30

Studio des Champs-Élysées
15, avenue Montaigne, 75008 Paris
Réservations : 01 53 23 99 19
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