Théâtrorama

Nous sommes contents de les retrouver après une absence en France de presque trois ans. Toujours débordants d’énergie et d’imagination, toujours fidèles à Lacascade, le groupe des « anciens » comme Jean Boissery, Christophe Grégoire ou Daria Lippi s’est enrichi de jeunes acteurs tout juste sortis du Conservatoire National comme Grégoire Baujat ou Noémie Rosenblatt. Après avoir mis en scène en 2006 Les Barbares, Lacascade continue avec Les Estivants son exploration de l’œuvre de Gorki. Cette pièce écrite entre 1900 et 1905 contient, sous une apparence badine, une critique acerbe de la société de l’époque et souligne comme chez Tchekhov la disparition d’un monde qui s’accroche à ses habitudes et les prémices d’un autre en train de naître.

Comme chaque été, Bassov et sa femme Varvara retrouvent leur datcha et leurs amis. Toujours les mêmes : Carélie, sa sœur, son jeune bouffon de beau-frère, son secrétaire, l’ingénieur Souslov, sa femme Youlia, le médecin Doudakov et sa femme Olga, le propriétaire Rioumine. Arrivent également l’étudiant Zimine, l’oncle Deu xpoints et Sonia. Tous se préparent à des vacances paisibles, mais l’univers de ce petit monde est troublé par l’arrivée imminente de l’écrivain Chalimov qui va malheureusement entrer en conflit avec le médecin Maria Ivovna…Ils sont là. Ils sont juste là. Ni sympathiques, ni désagréables, ils ont une vie qui ressemble à celle de n’importe qui. Voire. Eux, descendants d’un milieu ouvrier, prétendent appartenir à l’intelligentsia.

Crédit photo DR

Une mise en scène fluide et élégante
Avec la complicité de la scénographe Emmanuelle Clolus, Éric Lacascade a peaufiné une mise en scène tout en mouvement et en nuances. Au début de la pièce, les datchas, alignées très au bord de la scène autour de la maison de Varvara et Bassov, ressemblent à ces cabines de bains telles qu’on les trouve dans les stations balnéaires. La proximité des maisons laisse présager de l’étouffement d’une promiscuité trop étroite où chacun vit sous le regard de l’autre. Les spectateurs à peine assis, la salle encore éclairée et les voilà qui s’installent dans leur petite maison face à la mer et identique à celle du voisin, pour jouir de leurs vacances. Moment trouble qui se transforme peu à peu en vacances du moment, en vacances de l’être, où les repères se brouillent. Au point de ne plus savoir qui on est ou quel rôle on est censé jouer.

Peu à peu les maisons (montées sur roulettes) tournent, les murs deviennent transparents et laissent entrevoir l’intimité de la vie de leurs occupants. La scène s’ouvre, mais l’espace mental et intime se réduit. Sans artifices techniques, Lacascade joue dans sa mise en scène avec les codes cinématographiques. Usant du premier plan, du champ ou du contrechamp, il soigne chaque détail dans les déplacements des individus ou le mouvement choral des acteurs, nous ouvrant à toujours plus de théâtralité.

Chez Gorki nous dit Lacascade « l’individu est une découverte permanente et non une donnée fixe et définitive ». Chaque membre du groupe essaie de composer à chaque instant entre son bonheur individuel et son désir d’appartenir à la communauté et d’y être reconnu. Durant cette journée qui a commencé dans l’excitation des retrouvailles, il ne se passe rien. On finit par s’accrocher à la langueur du temps qui passe, où les mêmes personnes se racontent les mêmes histoires. L’écrivain Chalimov qui avait suscité un grand espoir de distraction et de renouveau, se révèle aussi creux que les autres et même plus cynique.

Au fur et à mesure du déroulement de la journée, entre coups de patte et séduction, chacun s’essaie au jeu du pouvoir. Le soir réunit tout le monde autour d’un repas, avant le retour en ville, mais l’alcool aidant, les masques tombent. Après avoir touché du doigt les idéaux reniés, les non-dits, les abandons, les lâchetés, les déceptions, les certitudes de ce petit monde douillettement embourgeoisé ont volé en éclats tout comme le couple de Bassov. Abandonné par Varvara qui ne supportant plus cette hypocrisie a décidé de partir, il erre, en fin de journée, comme une âme en peine sur la plage désertée, en quête d’un sens à sa vie.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Les estivants (site web)
De Maxime Gorki
Mise en scène : Éric Lacascade
Scénographie : Emmanuelle Clolus
Lumières : Philippe Berthomé
Costumes : Marguerite Bordat
Avec Grégoire Baujat, Jérôme Bidaux, Jean Boissery, Arnaud Chéron, Christophe Grégoire, Stéphane E. Jais, Éric Lacascade, Christelle Legroux, Daria Lippi, Millaray Lobos Garcia, Marco Manchisi, Elisabetta Pogliani, Noémie Rosenblatt, Laure Werckmann
Jusqu’au 21 Mars 2010

Les Gémeaux
49 Av Georges Clémenceau
Sceaux
Réservations : 01 46 61 36 67
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