Théâtrorama

La trame ressemble à un banal vaudeville mais Gorki esquisse en filigrane une critique de la société russe qui transforme l’histoire en brûlot cinglant et embrase les discours d’une révolution en marche…

Protassov a des allures de professeur Tournesol. Absorbé par son travail, le quotidien passe au-dessus de la tête de ce chimiste en quête d’absolu. Protassov manie les tubes à essai en permanence dans le but de créer un nouvel organisme vivant. Obnubilé par ses recherches jusqu’à l’égoïsme du génie qui vit dans sa tour d’ivoire, il néglige sa femme, Eléna qui se console en la compagnie du peintre Vaguine. Protassov vit dans un vase clos aristocratique en compagnie de la nourrice Antonovna s’occupant de l’intendance, de sa sœur malade Liza qui se traîne plus qu’elle ne vit, et des visites du vétérinaire Tchépournoï, amoureux transi et éconduit de Liza, et de sa sœur, Mélania, qui a trouvé une solution à sa vacuité en se dévouant corps et âme au travail de Protassov. Dans ce petit paradis scientifique fait de certitude et de confort, tout ce petit monde rêve et se plait à imaginer la société idéale où ils deviendraient les enfants du soleil. Une source d’inspiration pour Vaguine qui ne peint que le beau sans voir la tourbe et les vrais contours du peuple qui gronde aux portes de la propriété.

Crédit photo A Melchior
Crédit photo A Melchior

A chacun sa lumière…
Protassov vit dans la théorie et s’agite au rythme de ses expériences ratées qui animent la maisonnée. Mais le savant n’est pas le seul à s’isoler dans un idéal inaccessible et à rester déconnecté de la réalité. Liza, interprétée avec force par Nathalie Radot, refuse la vie et l’amour qui s’offre à elle. Quand elle comprendra la leçon, il sera trop tard. La sérénité du domaine contraste avec l’agitation de la révolte qui grouille au dehors. La révolution rouge fait irruption sur scène et enflamme la foule en arrière plan. Les intrusions d’ouvriers et de vagabonds ne donnent qu’une prise de conscience passagère aux nantis oisifs qui ne prennent pas la mesure du changement qui s’opère à leur insu. Ils parlent beaucoup mais sont peu à l’écoute de l’autre. Une société russe divisée par une lutte des classes dont le spectateur est le témoin mais aussi l’acteur en entrant en empathie avec la naïveté touchante de Protassov.

Crédit photo A Melchior
Crédit photo A Melchior

Pas question de langueur dans ces discours théoriques mais une énergie textuelle flamboyante qui nous fait redécouvrir toute l’universalité de la pièce de Gorki. Le décor modulable est à l’image de cette société en glissement. Il permet une fluidité dans la narration et laisse le champ libre à l’agitation des personnages. Les formules mathématiques qui envahissent l’espace ne sont que des certitudes relatives dans un monde qui va à vau-l’eau. A côté de cette critique de l’intelligentsia russe passive, se dessinent des portraits de personnages qui cachent chacun leurs failles et cherchent leurs vérités. Si le malaise de la lutte des classes grandit au fil de la pièce jusqu’au paroxysme, l’humour et la légèreté se distille tout au long de la pièce grâce notamment à l’étonnante composition du personnage de Mélania, interprétée avec brio par Éléonore Joncquez –Simon. Un ridicule amorti à la virgule près dans une technique impeccable, et qui parvient à nous émouvoir et à déclencher les fous rire dans la salle. Loin d’être datée, la pièce de Gorki assène des vérités toujours d’actualité qui en feront réfléchir plus d’un sur la nécessité d’agir au lieu de théoriser sans fin.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Les enfants du soleil (site web)
De Maxime Gorki
Mise en scène de Côme de Bellescize
Avec Eléonore Simon, Nicolas Fantoli, Alix Poisson, Vincent Joncquez, Michel Baladi, Teddy Melis, Gaël Marhic, Sabrina Bus, Jonathan Fussi, Sidney Ali Mehelleb, Nathalie Radot, Colette Venhard

Jusqu’au 13 décembre
Mardi, mercredi, vendredi à 20h30/Jeudi, samedi à 19h30/Dimanche à 15h30

Théâtre 13
103 A, boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris
Réservations : 01 45 88 62 22
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