Théâtrorama

Oh non, il ne s’agit pas d’un de ces spectacles ne fleurant pas très bon la naphtaline, ce genre de pièce poussiéreuse érigeant la nostalgie en loi fondamentale. L’âge moyen sur la scène a certes dépassé celui de la retraite après la réforme, mais quelle vitalité, quel peps ! Vlady, Rich, Blancheteau forment ce délicieux trio gagnant qu’il faut courir applaudir !

Nous sommes au milieu des années 70. Chaque jeudi, cette journée qui était il n’y a pas encore si longtemps celle des gamins, trois respectables dames se retrouvent. On a Sonia, belle russe, la chansonnette au bout des lèvres, frivole, panier percé surtout dès qu’il s’agit de venir en aide à son fils, collectionneur de vieilles guimbardes et de leurs pièces détachées. On a Hélène, riche, farouche adversaire de tout ce qui s’apparente à une quelconque forme de travail, célibataire sans enfant et l’assumant pleinement. Enfin, Marie, plus pragmatique, veuve assez inconsolable et belle-sœur d’Hélène qui vouait à son frère un amour passion. Toutes trois égrènent les souvenirs, bannissant toutes frontières temporelles, riant de la vie comme de la mort…

Tea time
Christophe Lidon aime les décors plutôt chargés et bigarrés qui jouent un rôle à part entière dans le spectacle (souvenons-nous simplement du « Diable rouge » ou encore « La Serva amorosa »). Ici, un appartement qui semble n’avoir pas bougé depuis des lunes, comme pour arrêter le temps, même si un système de manège le fait se mouvoir. Mais il ne fait que tourner en rond et revenir à son point de départ. Cruel, ce carrousel qui enferme ces personnages dans leur univers, leur passé, leurs amours mortes, leur nostalgie ?

Pas vraiment, non. Le ciment le plus solide, celui de l’amitié, les lie. La force de vivre leur tient lieu de moteur. Leur passé qui refuse de mourir se joue sous nos yeux. En un tournemain (ou un tour de manège), elles redeviennent gamines, adolescentes, jeunes adultes. Toujours inséparables, quoi qu’il en soit.

Là est l’une des grandes forces de ce très beau moment de théâtre : rire de la mort pour mieux sublimer la vie car « quand on est ensemble, y’a d’l’amour » comme le chantait Michel Berger. Cette énergie si communicative doit beaucoup à ses interprètes, bien sûr. Ces trois grâces tellement complémentaires à force d’être dissemblables. Catherine Rich, sèche, cassante, rigide mais qui laisse sourdre un malaise insuffle une émouvante humanité à son Hélène. Annick Blancheteau a la puissance de jeu de ces grandes femmes de la scène. Et Marina Vlady, sublime de naturel nous ensorcelle de son regard profond, de son charme slave, de sa voix de velours. Bernard Alane et Grégory Gerreboo, les deux veinards qui leur donnent la réplique pour la partie masculine, sont également très bons. C’est du solide que cette friandise aussi intelligente que récréative signée Loleh Bellon.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Les Dames du jeudi
De Loleh Bellon
Mise en scène : Christophe Lidon
Avec Marina Vlady, Catherine Rich, Annik Blancheteau, Bernard Alane et Grégory Gerreboo
Décors : Catherine Bluwal
Costumes : Claire Belloc
Lumières : Marie-Hélène Pinon
Son : Michel Winogradoff
Du mardi au samedi à 21 heures, samedi à 18h30 et dimanche à 15h30
Durée : 1h40

Théâtre de l’Oeuvre
55 rue de Clichy, 75009 Paris
Réservation : 01 44 53 88 88[/slider]

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