Théâtrorama

C’est un tourbillon de rire et de bonne humeur que dégage ce spectacle coloré à la scénographie particulièrement soignée. La mise en scène prend le parti du rythme avant tout et le pari est gagné même si l’ensemble aurait pu être plus endiablé encore. Les comédiens mérite un satisfecit collectif.

Le décor est composé de trois éléments modulables représentant des morceaux d’habitation et permettant, selon leur disposition, d’épouser toute la perversité du propos goldonien fait d’intrigues, messes basses et conciliabules. Nous sommes à Venise. Une riche héritière est sur le point de convoler en justes noces avec son promis lorsqu’une nouvelle la discréditant totalement s’empare du quartier et s’y répend comme traînée de poudre. Ces ragots colportés par les femmes vont prendre une ampleur inattendue.
Assez méconnue et ne figurant même pas dans les mémoires qu’écrivit Goldoni (en français !) à la fin de sa vie, cette immense farce au titre italien « I pettegolezzi delle donne » (« Les commérages des femmes ») salue à nouveau l’un des credo du dramaturge (le rôle actif des femmes dans la société) mais d’une manière moins glorieuse. En effet, le sexe dit faible, toujours en première ligne pour l’action comme dans « La Locandiera » ou « Barouf à Coggia », n’agit pas ici pour faire la nique aux hommes mais bien par une fâcheuse propension inhérente à sa condition : l’incoercible besoin de bavasser coûte que coûte avec ce que la promesse de se taire peut avoir d’illusoire.

Une construction diabolique
Nous sommes dans un théâtre fortement influencé par Molière, dont Goldoni était un fervent apôtre, tant dans la précision métronomique du dialogue que de l’étude de mœurs. Celui qui fut l’un des plus emblématique révolutionnaire du théâtre italien prend ici un vif plaisir à élaborer une trame très travaillée, comme pour mieux répondre à ses attaques dont il fut l’objet lorsqu’il décida d’envoyer la comedia dell arte au musée des vieux guignols et d’écrire de vraies pièces avec de vrais rôles pour des comédiens respectueux des auteurs.

La mise en scène que propose Stéphane Cottin prend le parti du rythme et de la drôlerie. Fortement aidé par une scénographie au millimètre mais qui se fait oublier tant l’aisance des comédiens est totale dans les déplacements, il livre un spectacle très abouti, aussi haut en couleurs qu’en pétulance. Dans un format court qui ravira également le jeune public, cette adaptation mérite un très gros encouragement collectif car l’investissement de chacun (ils sont 12 sur scène) est entier. On aurait presque souhaité que le metteur en scène aille plus loin encore dans cette folie goldonienne et qu’à l’image de cette séquence chorégraphiée (par Sophie Tellier, s’il vous plaît) absolument délicieuse mais trop courte, l’ensemble s’aventure plus encore dans l’extravagance. Léger bémol qui n’en est pas un car ce spectacle diablement récréatif, qui remporte un vif succès amplement mérité, honore sans coup férir le théâtre exigeant qui l’accueille.

[note_box]Les Cancans
de Carlo Goldoni
Mise en scène Stéphane Cottin
Avec Aurélie Bargème, Adèle Bernier, Emmanuel Curtil, Laure Guillem, Jean-François Guillet, Marine Lecoq, Michel Lagueyrie, Marie-Christine Letort, Jean-Pierre Malignon, Clément Moreau, Stéphane Olivié Bisson et Stéphanie Vicat.
Traduction et adaptation : Dorine Hollier
Assistante à la mise en scène : Sonia Sariel
Scénographie : Sophie Jacob
Costumes : Aurore Popineau
Lumières : Marie-Hélène Pinon
Son : Michel Winogradoff
Chorégraphie : Sophie Tellier
Coiffures : Magalie Roux
Photo : Bruno Perroud[/note_box]

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