Théâtrorama

La saison dernière, Sophie Lecarpentier remportait un vif succès avec « Le Jour de l’Italienne », qui décortiquait les affres de la création théâtrale, en mettant en scène les répétitions de l’ « Épreuve » de Marivaux. Comme un aboutissement à ce spectacle déjà magnifiquement abouti, elle propose aujourd’hui dans un format plus long un concentré du « Jour de l’Italienne » auquel succède immédiatement la pièce. Doublé gagnant !

Que peut-il bien se passer en amont de la générale d’un spectacle, lorsque tant de choses sont à régler, à mettre au point, à mettre en scène, quand il faut penser à tout (et tous) à la fois ? On parle souvent de coulisses pour signifier l’envers du décor. On oublie que cet envers (enfer ?) commence par être la scène d’une salle vide. Le travail acharné d’une équipe. Un texte à mémoriser. Un souffleur provisoire, souffre-douleur du comédien qui gère mal ses hésitations. Un metteur en scène aux propos parfois fumeux que lui seul comprend. Un éclairagiste qui tente d’en placer une pour suggérer une idée lumineuse. La costumière constamment sur un fil tendu pour satisfaire tout le monde. Et bien sûr les comédiens, tous persuadés de tenir le rôle-clé même s’ils n’ont que trois répliques. Les comédiens et leurs sautes d’humeur, leurs caprices, leur fragilité… Ça dure deux bons mois, toutes ces intrigues. Deux mois dont on ne sait jamais rien. Sophie Lecarpentier lève le rideau pour de vraies confidences…

crédit photo Solveig Maupu

Épreuve réussie
L’immense plaisir pour ceux qui ont pu voir « Le Jour de l’Italienne » la saison passée restera intact. Toujours aussi étonnante, l’illusion que nous sommes en train d’assister à un spectacle en devenir. Rien n’est laissé au hasard pour traduire les hésitations. Jouer un comédien qui joue faux puis de mieux en mieux n’est pas donné. De ce côté-là, c’est le sans faute absolu, que confirme la deuxième partie du spectacle lorsque la même équipe nous présente « L’Épreuve » in extenso. Le texte de Marivaux se pare alors de toute sa superbe après le décorticage qui a précédé. Tout semble alors couler de source…

Pourtant quel travail ! L’ensemble est non seulement divinement écrit mais prend le parti de faire rire sans tomber dans le grotesque de la caricature. Avec une permanente et jubilatoire autodérision, chacun des comédiens se fond dans son rôle avec une saisissante crédibilité. La précision millimétrée de la mise en scène pour suggérer ce flottement permanent qui préside à toute préparation de projet constitue l’autre atout à cette réussite majeure. Rien n’est laissé au hasard mais tout cherche à montrer l’inverse, jusqu’au moment bien sûr où le sérieux qu’induit la présentation « définitive » de la pièce règne sur le plateau. Quand le théâtre se regarde dans le miroir avec autant de lucidité et de talent, on en redemande !

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] L’Épreuve (site web)
De Marivaux
Textes : Marivaux (l’Epreuve) et compagnie Eulalie (Prologue – Le Jour de l’Italienne)
Mise en scène Sophie Lecarpentier
Avec Xavier Clion, Hélène Francisci, Vanessa Koutseff, Sophie Lecarpentier, Solveig Maupu, Emmanuel Noblet ou Stéphane Brel et Julien Saada
Création lumière : Orazio Trotta et Emmanuel Noblet
Création sonore Sébastien Trouvé
Scénographie : Hélène Lecarpentier
Costumes : Solveig Maupu
Régies : Gaëtan Lajoye et Tom Ménigault
Administration de production : Maëlle Grange
Du 7 septembre au 17 octobre 2010
Les mardis, mercredis, vendredis à 20h30, les jeudis et samedis à 19h30, les dimanches à 15h30

Théâtre 13
103A, boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris
Réservations : 01 45 88 62 22[/slider]

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