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L’éloge de la folie – Erasme

Erasme ignorait tout de la postérité que connaîtrait L’éloge de la Folie qu’il écrivait au cours d’un voyage entre Rome et Londres. La compagnie Le théâtre derrière le monde s’en amuse alors qu’elle fait du texte son manifeste et érige la folie en principe créateur. Un spectacle foisonnant à la créativité débridée.

Le monde à l’envers

L’éloge de la folie commence presque en courant. La Folie cherche son fou, le fou sa Folie et ils vont et viennent entre l’avant-scène et la coulisse. Devant une carte du monde retournée, ils s’adressent l’un après l’autre au public à la manière de bonimenteurs. Ils se présentent comme les personnages du XVIème siècle s’emparant des codes et de la mode des clips d’aujourd’hui. L’un nous sert l’introduction, nous présente le propos de l’humaniste, l’autre drapé de la Folie triomphe sans céder à la facilité. Le duo par un effet d’entraînement ne laisse jamais s’installer l’attente et prend toujours le spectateur par surprise. L’assemblée est gagnée par le rire et l’humour : la folie, entendre la plaisante folie du jeu qu’il faut distinguer de la folie du monde, est le remède à tous les maux.

L’éloge de la folie - Erasme

Les loges de la folie

Joseph Fourez et Elsa Grzeszczak font de l’éloge paradoxal une ode au théâtre. La distanciation avec le texte qui passent par les jeux de mots, de costumes et de registres traduisent le bonheur d’être sur scène. L’éloge de la Folie sur le fond comme sur la forme est un carnaval où l’esprit est à la fête. Suivre le raisonnement de la Folie, c’est s’accrocher à une pensée au mouvement, considérer les propositions les plus pertinentes et rire des contradictions. La complicité remarquable des acteurs permet d’entrer dans cette complexité sans se prendre au sérieux. Par delà les artifices et les faux semblants, ils ont raison de le rappeler, quelque chose d’authentique se joue au théâtre. Personne n’est dupe du masque de la scène, le spectacle est une réalité et les comédiens ne sont pas sans vertus.

On s’en fou(t)

Par le divertissement encore, Erasme fait profession de philosophe. De toutes les folies, il nous propose l’examen de la folie furieuse à la folie douce. Humaniste, il observe cette dépossession de soi que provoque la passion et réhabilite la folie qui bouscule le quotidien et qui nous amuse. Il s’agit, plus encore que de vanter la Folie, de questionner la Raison et surtout les institutions qui en sont les dépositaires, à l’époque le clergé mais aujourd’hui les experts de tout poil. La compagnie Le théâtre derrière le monde par un pas de côté marie la folie et l’absurde de la condition humaine. De tout temps, de toute époque l’Éloge de la folie révèle une une comédie humaine, légère et sérieuse à la fois.

 

L’éloge de la folie
Texte : Érasme
Adaptation et mise en scène : Sophie Guibard & Émilien Diard-Detoeuf
Avec : Joseph Fourez & Elsa Grzeszczak
Costumes : Juliette Gaudel
Décor : Nayel Zeaiter
Lumières : Thomas Cottereau
Durée : 1h

Jusqu’au 29 septembre à La Loge

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