Théâtrorama

Légendes de la forêt viennoise mis en scène par Yann Dacosta

Après Offenbach, Labiche et Fassbinder, Yann Dacosta s’attaque à Ödön Von Horváth, mettant en scène Légendes de la forêt viennoise, comédie en trois actes écrite en 1931 et qui vaudra à son auteur le prestigieux prix Kleist. Servie par des acteurs à l’énergie folle, la mise en scène précise et inventive de Yann Dacosta joue sur le dérapage fugace des situations qui, peu à peu, introduit un décalage et gratte le vernis des apparences.

Né en 1901, Ödön Von Horváth est sans doute le plus européen des auteurs du XX° siècle. Issu de la petite noblesse hongroise, il connaît assez mal son pays natal et malgré son passeport hongrois, sa langue maternelle est l’allemand et il se considère comme un mélange typique de l’ancienne Autriche-Hongrie, à la fois magyar, croate, allemand et tchèque. Dès 1933, il perçoit et décrit avec une grande acuité ce que représente la montée d’Hitler, ce qui lui déniera le droit d’écrire en allemand et le fait qu’aucun théâtre n’acceptera de jouer ses pièces. Quittant l’Allemagne en 1934, il voyage partout en Europe. Le 1er juin 1938, il est tué par la chute d’une branche d’arbre à Paris devant le théâtre Marigny.

À la croisée du drame et de l’opérette

« Comédie populaire, à la croisée entre l’opérette et le drame, théâtre de troupe, théâtre musical et engagé, la rencontre avec le texte d’Horváth, m’est apparu comme une évidence, une urgence » affirme Yann Dacosta. Tout commence comme une fête sur des airs de valses de Strauss. Dans cette rue, côte à côte, se trouvent la boucherie d’Oscar, le magasin de jouets de Magicus aidé de sa fille Marianne et le tabac tenu par Valérie, la buraliste au charme indéniable.

Lors d’un pique-nique dans la forêt viennoise organisé pour fêter ses fiançailles avec son voisin le boucher Oscar, Marianne, fille de Magicus a le coup de foudre pour le turfiste et filou Alfred, ancien amant de la buraliste Valérie. Au bout d’un an de vie commune, et incapable de gagner leur vie, Alfred met le bébé dont Marianne a accouché en nourrice chez sa grandmère à la campagne où il mourra bientôt d’un refroidissement. Marianne essuie le refus obstiné de son père déshonoré qui refuse de la reprendre avec lui. Abandonnée, elle se retrouve danseuse au cabaret « Chez Maxim ». Un soir, Magicus sort avec son ami émigré aux États-Unis ; ils découvrent Marianne dansant nue au Maxim. Marianne, pour avoir tenté de délester l’ami américain d’un billet de cent schillings, se retrouve en prison…

Légendes de la forêt viennoise

Sur des airs de valses et d’apparences trompeuses…

Le rythme lent de la première partie de  met en place le ronron sans histoires de cette petite rue viennoise du huitième arrondissement. La seconde partie, par opposition, fait exploser les cadres: les passions se déchaînent, les valeurs volent en éclats comme une métaphore des violences à venir. Faisant évoluer les personnages dans un décor de bande dessinée aux couleurs acidulées, usant du travelling, du gros plan et du plan moyen cinématographique, Dacosta donne à cette pièce de facture classique à la fois dans son écriture et ses enjeux dramaturgiques, une tonalité contemporaine de comédie musicale, qui décale peu à peu le regard du spectateur.

Sans rien imposer, sans effet de dénonciation, l’écriture et la mise en scène se conjuguent et ouvrent vers la réflexion politique et le danger des changements en cours. Le rire perd de sa légèreté, devient de plus en plus grinçant. Le divertissement, la légèreté s’alourdissent pour souligner la veulerie, la cruauté sur fond de montée des nationalismes qui œuvrent dans l’ombre jusqu’à nous conduire dans « les méandres de la noirceur ».

Du rêve utopique le plus haut en couleur à l’acceptation de la plus sinistre condition humaine, c’est cela que nous raconte Horváth, avec son humour noir, sa poésie et sa connaissance aiguë de l’humanité. Débutant comme une opérette viennoise, colorée, tournoyante et vivante, au bout de trois heures de spectacle, Dacosta et sa troupe d’acteurs excellents, nous font traverser l’assèchement, la peur, la brutalité froide et la violence glaciale. La valse du Beau Danube Bleu, qui ouvre et ferme le spectacle, nous laisse tout à coup une impression de dérive qui conduit chacun à valser dans le vide.

 

Légendes de la forêt viennoise
De Ödön Von Horváth
Texte français de Hélène Mauler et René Zahnd
Mise en scène : Yann Dacosta
Avec Théo Costa-Marini, Laëtitia Botella, Dominique Parent, Sandy Ouvrier, Jean-Pascal Abribat,
Maryse Ravera, Jade Collinet, Pierre Delmotte, Florent Houdu, Jean-François Levistre, Pauline Denize Pablo Elcoq.

Assistante à la mise en scène : Hélène Francisci
Compositeur : Pablo Elcoq (d’après Johann Strauss II)
Musiciens sur scène : Pauline Denize et Pablo Elcoq

Scénographie / Accessoires : Fabien Persil
Créateur son : Johan Allanic
Mise en danse : Frédérike Unger
Durée : 3 h 05
Crédit photos : Arnaud Bertereau Agence Mona

Vu en octobre au CDN de Normandie- Rouen – Théâtre de la Foudre- Petit Quevilly

Tournée

18-19-20 octobre 2017 : CDN Normandie-Rouen
8 et 9 novembre 2017 : Trident, Scène Nationale-Cherbourg
15 novembre 2017 : Scène Nationale 61 Alençon
23 novembre 2017 : DSN
28 novembre 2017 : CDN-Vire
7 décembre 2017 : Le Tangram, Scène Nationale Évreux
12 et 13 décembre 2017 : CDN-Caen

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