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Le Faiseur – Festival des Tréteaux de France

Les Tréteaux de France "Le Faiseur" de Balzac mise en scène par Robin RenucciLe Faiseur – Faire de l’argent avec de l’argent. Avec leur coiffure en crête, leur faux ventre rebondi, leur visage maquillé outrageusement, à la fois grotesques et réalistes, ils forment une drôle de basse-cour revue et corrigée par Daumier, le caricaturiste du XIX° siècle, qui a croqué ces bourgeois constituant les archétypes sociaux de La Comédie humaine de Balzac.

Parmi cette galerie de portraits Le Faiseur a pour personnage central un spéculateur nommé Mercadet. Avec brio et talent, Robin Renucci, directeur des Tréteaux de France s’empare du sujet dans une mise en scène drôle, élégante et enlevée. M.Mercadet fait partie de cette galerie balzacienne qui, de Rastignac au Père Goriot, continue de représenter une référence en matière de portraits. C’est un formidable affairiste qui excelle à faire de l’argent avec de l’argent. Virtuose de la parlote, il trompe tout le monde et organise le bal des créanciers. Dans son domaine, Mercadet est un excellent comédien, un génie du retournement de situation. Mais tout va mal, il ne peut plus s’en sortir sans impliquer sa famille et faire du mariage de sa fille Julie, la plus grosse duperie pour repousser ses attaquants et se sortir de l’impasse…

Jeu de cache-cache financier

Le Faiseur est traité sous une forme d’une chorale. Les entrées et les sorties n’en sont pas, puisque tous les acteurs sont présents en permanence sur le plateau ou en bordure de scène. Jouant le rôle de voisins ou de témoins, ils participent de l’action elle-même en passant des objets ou activant une sonnette, ou en commentant les allers et venues des créanciers. La scène est poreuse car derrière les portes de l’appartement de Mercadet représenté par ses seules fenêtres, les domestiques surveillent et cherchent à surprendre les secrets de leur maître tout en se rendant complices de ses filouteries. Face au rouleau compresseur des faux semblants, Mme Mercadet et sa fille Julie sont les victimes consentantes des magouilles de plus en plus acrobatiques du chef de famille, alors que la file des créanciers s’allonge et que le crédit s’amenuise.

La mise en scène de Renucci opte pour un théâtre dans le théâtre. L’espace est organisé comme un ring, sur lequel évolue tous les personnages qui ont à voir avec la spéculation, la circulation de l’argent et l’escroquerie. Le décor camoufle l’absence des meubles saisis par les huissiers par de soi-disant travaux. Une peinture classique et imposante, un lustre en cristal posé sur le sol font croire encore à la prospérité de la famille alors qu’ils ne sont que les vestiges d’une splendeur passée. Il s’agit ici de tromper le visiteur, de dissimuler l’état de faillite des affaires de Mercadet sous la somptuosité apparente. L’extérieur n’existe pas dans la scénographie car le jeu de Mercadet ne peut se dérouler que dans le huis clos de son appartement, là où, sans témoins, il peut embrouiller son monde.

La principale qualité du travail des Tréteaux relève de la rigueur du jeu des comédiens et de la légèreté de mises en scène qui peuvent voyager sans pour autant négliger l’élégance des costumes, des coiffures et la précision de la scénographie. On ne s’ennuie pas à regarder ce jeu de cache-cache financier organisé au cordeau dans un espace parfois risqué et encombré. Le travail de Renucci est en osmose avec la vision d’un auteur amateur de déguisements et qui n’aurait sans doute pas renié les irruptions sans préambule et la vivacité de l’action. Terrible de clairvoyance et de drôlerie, la pièce résonne du bruit de l’argent, des fortunes et des faillites. Avec son génie visionnaire, Balzac continue à nous tendre le miroir grossissant de nos travers et de nos turpitudes. Toute ressemblance avec les dérives spéculatives du libéralisme actuel n’a rien de fortuit.

Le Faiseur
D’Honoré de Balzac
Mise en scène : Robin Renucci
Festival des Tréteaux de France
Avec Bruno Cadillon, Stéphanie Ruaux, Jeanne Brouaye et Maryline Fontaine (en alternance), Daniel Carraz, Thomas Fitterer, Sylvain Meallet, Gérard Chabanier, Patrick Palmero, Judith d’Aleazzo, Tariq Bettahar.
Scénographie : Samuel Poncet
Costumes : Thierry Delettre
Lumières : Julie-Lola Lanteri-Cravet
Masques et maquillages : Jean-Bernard Scotto
Durée : 2 h

Vu au Théâtre de l’Épée de Bois

En tournée 

 

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