Théâtrorama

Lee Hall mis en scène par Marc Delva

En France, on connaît surtout l’auteur anglais Lee Hall comme scénariste au cinéma (« Billy Elliott » nominé aux Oscars au titre du meilleur scénario et «Cheval de guerre » réalisé par Steven Spielberg), pourtant il est également auteur de théâtre et de radio et scénariste pour la télévision. Les sujets de ses scénarii et de ses pièces s’inscrivent la plupart du temps dans le contexte social d’une époque.

« Les Peintres au charbon » – basée sur un livre du critique d’art William Feaver – relate l’histoire vraie de la naissance du mouvement pictural, Ashington Group dans les années 30. En s’emparant du texte de Lee Hall, Marc Delva signe sa première mise en scène en 2014 qu’il reprend ici au Théâtre 13/ Seine à Paris.

Lee Hall et Les peintres au charbon

Apparemment aux antipodes de l’art

Région minière du Northumberland (Angleterre).1934. Robert Lyon, professeur de l’université de Newcastle upon Thyne est invité par L’association pour l’Éducation des Travailleurs à donner des cours d’histoire de l’art à des mineurs. Dès le premier contact, il se rend compte que ses cours théoriques habituels ne peuvent convaincre dans cet univers façonné par le rude travail de la mine et de la débrouille au quotidien. Abandonnant ses exposés sur Michel-Ange ou Léonard de Vinci, Lyon propose au groupe de mineurs avides de connaissances de les initier à la peinture. Chaque semaine, de 1934 et jusqu’à la guerre et même au-delà, le groupe se réunira pour discuter et réfléchir à ce que représente l’art. S’inspirant de leur environnement, de leur quotidien et de leur travail à la mine « Les peintres au charbon », comme on les nommera, se construisent peu à peu une culture artistique et un sens critique, les conduisant à une nouvelle vision du monde qui les entoure. Leur talent original et authentique leur ouvrira peu à peu les portes des galeries et des musées londoniens.

Le tour de force de cette pièce de Lee Hall se situe dans un double impact : le discours sur l’art lui-même et le quotidien de ces hommes qui se pensent aux antipodes de l’art. La mise en scène de Marc Delva s’organise autour du quotidien des mineurs coupée une fois par semaine par une incursion dans l’univers de l’art à cent lieues de leurs préoccupations. Dès l’entrée, une odeur de soufre, des bruits sourds de wagonnets que l’on pousse et de machines, des ordres brefs, une atmosphère moite, sombre, une porte en fer que l’on franchit…Nous voilà happés par le fond de la mine, accueillis par des hommes au visage noir de charbon, éclairés par une lampe frontale, pour déboucher sur un plateau central, et une installation bi-frontale du public. Nous voilà dans la cabane où chaque semaine se réunissent le Professeur Lyon et les ouvriers.

Lee Hall, une leçon d’art et d’humanité

La pièce pose la relation entre le ressenti et l’analyse, entre ce que l’on voit et la naissance du questionnement. Pas à pas, conduits par leur intuition et leur sincérité, les mineurs donnent à voir les couleurs de leur réalité dans toute sa force et sa simplicité. Prenant conscience de leur créativité, les hommes prennent confiance en eux et dans la force de leur groupe. Ces gens qui ne pensaient pas avoir accès à la culture se révèlent des critiques avertis qui, peu à peu, découvrent que le secret réside dans le regard qu’ils posent sur leur environnement et sur ce qu’ils sont.

À travers l’art, ils découvrent aussi la valeur de leur combat politique, ce qui les lie à leur classe sociale, par opposition au fait de devenir un artiste solitaire qui risque de tourner le dos à ce qu’il est. Au fil du temps, l’art a structuré leur pensée et le groupe a pris conscience de représenter un mode de vie, et de le faire tous exister aux yeux du reste de la société. « On a fait de l’art avec nos vies » constatent-ils avec émotion. Aucun tableau décrit par les personnages n’est montré pendant la pièce. Les toiles sont blanches, les cadres vides, seuls les mots créent les images et font naître dans l’imaginaire du spectateur la force du déluge, du travail dans la mine ou des évènements au coin de la rue…Mis en espace et en couleurs par le pouvoir de la seule parole qui a circulé tout au long du spectacle, les tableaux sont projetés à la fin du spectacle. Chaque tableau semble l’écho de l’autre, parcouru par une sensibilité commune qui perpétue un dialogue encore ininterrompu.

 

Les Peintres au charbon
De Lee Hall – Traduction:Fabrice Melquiot
Mise en scène & Scénographie : Marc Delva
Assistants à la mise en scène : Florent Hu et Elodie Galmiche,
Avec Hugo Bardin, James Borniche, Thomas Brazète, Solal Forte, Elodie Galmiche, Florent Hu, Marie Petiot ou Elise Fourneau, Paul-Emile Pêtre, Emmanuel Rehbinder
Création lumière : Julien Kosellek,
Création sonore : Luc Delva,
Création costume / coiffure / maquillage : Hugo Bardin
Création mapping vidéo : Arnaud Berthonneau et Romain Da Costa (Digital Essence).
Durée : 2h05 sans entracte – à partir de 12 ans
Crédit photos : Suzanne Rault-Balet

Jusqu’ au 28 mai 2017 au Théâtre 13 / Seine

Plus d’infos: Art biogs

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