Théâtrorama

De l’exil à la liberté en s’affranchissant de la barrière des mots. « L’écrivain public » touche par son thème universel et séduit par une mise en scène d’orfèvre, ciselée de précision et d’ingéniosité scénique.

Crédit photo Pascal Le Guennec
Crédit photo Pascal Le Guennec

Ecrivain public : celui qui met ses mots au service de ceux qui n’en ont pas en réserve pour se défendre et qui fait le lien entre les hommes. Voilà le métier de monsieur Rouvesquen, sec et cynique de voir défiler dans son bureau les mêmes demandes. Cet ermite à plume acérée a sa bouteille comme partenaire et une même musique qui s’élève de son lecteur CD comme obsession. L’écrivain public va être bouleversé dans ses habitudes par l’arrivée du jeune Lansko, exilé en quête de papiers et de mots doux à envoyer à sa femme, Leila, restée au pays en attendant d’être réunis. L’histoire se passe dans deux pays imaginaires. Morland, la dictature que fuit Lansko et qui ressemble à tous les pays totalitaires. Et Zurniken, patrie des hommes libres et avides de ne pas partager leurs droits et de préserver leurs acquis. La rencontre bouscule les deux hommes. Leurs échanges réguliers tissent des liens qui vont transformer le vieil écrivain renfermé et élargir l’horizon du jeune optimiste porté par son destin. L’exilé trouve ses repères dans une langue nouvelle qui va lui ouvrir les portes de l’administration et le faire souffrir face à une réalité qui le rattrape. Les lettres peuvent mentir et Rouvesquen va sortir de son statut d’écrivain public pour retrouver cette part d’humanité perdue par la lassitude du poids du temps.

Crédit photo Philippe Lacombe
Crédit photo Philippe Lacombe

Mise en scène mouvante et émouvante
Le texte de Juliet O’Brien est servi par une mise en scène qui en ferait même parfois oublier le reste tellement elle capte toute l’attention du public. Le spectateur est plongé dans ce décor mouvant dès les premières minutes. Les bibliothèques se déplacent, se laissent voir en transparence pour des scènes en ombres chinoises où les mots sont inutiles face à la violence des corps. L’auteur, et metteur en scène de la pièce, fait coexister deux univers parallèles qui se croisent dans une réalité crue et se rejoignent dans un rêve éveillé qui devient cauchemar. Juliet O’Brien transpose son histoire dans un espace imaginaire qui ne donne que plus de force au sujet. Leila parle une langue inventée, mélange d’intonations qui n’ont pas besoin d’être traduites pour être comprises. Les intentions sont portées par le langage du corps. La musique, composée par Stephen Gallagher, facilite le passage d’une époque à une autre, laissant la porte ouverte aux vieux démons et aux souvenirs. Tous les déplacements sont millimétrés, le corps est dans un carcan pendant que la parole se libère pour exprimer une souffrance comprimée. Les mots parlent du quotidien et confectionnent une confiance qui mêle l’amour à l’exil, la fraternité aux liens paternels qui font de Rouvesquen celui qui transmet le savoir et qui tend la main pour ramener Lansko sur l’autre rive. Rapport de supériorité qui s’équilibre pour se renverser. Un point de contact au paroxysme déchiré par un mensonge protecteur qui ouvre la réflexion sur le poids des mots. Les comédiens sont exemplaires (une mention particulière pour Bob Kelly dans le rôle de Lansko, vibrant d’émotions et de drôlerie) dans cette mise en scène qui dépasse largement le texte.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] L’Écrivain public (site web)
Ecrit et mise en scène de Juliet O’Brien
Assistant à la mise en scène : Nelly Framinet
Avec : Anne Barbot, Marine Benech, Jean-Philippe Buzaud, Dominique Langlais, Bob Kelly
Traduction : Marine Benech
Costumes : Fabienne Desflèches
Scénographie : Florence Évrard
Lumières : Philippe Lacombe
Musique : Stephen Gallagher
Jusqu’au 18 octobre
Mardi, mercredi, vendredi à 20 h 30, jeudi et samedi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30

Théâtre 13
103 A, boulevard Auguste Blanqui
75013 Paris
Réservations : 01 45 88 62 22
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