Théâtrorama

Tourisme vers l’au-delà… La Suisse n’est pas que le paradis de la glisse pour les skieurs ou une zone où l’air fiscal est meilleur pour les contribuables asphyxiés par les impôts. La république helvétique est aussi le pays des merveilles pour l’euthanasie.

Alice envisage la mort comme une porte de sortie acceptable à ses douleurs. Une envie qui se meut en obsession et en froide détermination malgré des freins émotionnels, comme la bénédiction de sa mère à obtenir ou des sursauts de vie par intermittence, qui ralentissent sa volonté de franchir la frontière. Pendant ce temps, de l’autre côté de la ligne de démarcation, le docteur Gustave Strom et son assistante, Éva, poursuivent leur combat pour aider, ceux qui en font la demande, à passer de l’autre côté du miroir de l’existence. Mais la machine bien huilée du protocole s’enraille pour flirter avec l’absurde des situations qui transforment le Dr Strom en névropathe du suicide assisté.

Crédit photo Jean Depagne

Fin de partie…
Un texte sulfurique de Lukas Bärfuss, une mise en scène sobre, où l’émotion trouve son espace, et rythmée en 24 séquences qui s’enchaînent sans temps mort, des comédiens justes qui ne tombent pas dans les clichés classiques sur le sujet, il n’en suffisait pas plus pour que le voyage d’Alice, en escale au festival d’Avignon, décroche le prix Adami 2011. Le théâtre se mêle à la réalité et la pièce trouve un écho dans l’actualité du moment. Le débat sur l’euthanasie revient avec insistance comme une urgence de poser des jalons à une demande naturelle des malades. La Suisse a pris les devants pour autoriser et encadrer le suicide assisté. Un progrès social qui attire les candidats à l’euthanasie d’autres pays moins cléments. Le combat du Dr Strom apparaît alors comme décalé et repousse les limites de la loi, qui n’est pas sans rappeler la nouvelle de Maupassant, L’Endormeuse, où le gouvernement, en réponse à la crise et à la pauvreté, proposait l’euthanasie comme un remède de masse efficace. Car, ici, il s’agit bien d’une euthanasie ouverte, non plus aux seules maladies physiques, mais aussi aux pathologies psychiques, les dépressifs comme Alice trouvant une solution finale à leurs maux. L’humanité du Dr Strom devient alors douteuse et teintée d’une obsession mortifère. Son cabinet se mue en antichambre du docteur Petiot où les prétendants à la mort finissent froidement avec un sac sur la tête pour achever le travail, les autorités interdisant l’exercice de la médecine au Sisyphe de la Suisse. L’ironie prend le dessus et met le spectateur mal à l’aise face aux frontières à ne pas dépasser. Frontière symboliquement délimitée au sol. Il suffit de quelques pas pour la franchir pour un voyage sans retour. Une trajectoire qui laisse à tous la possibilité d’ouvrir son horizon de réflexion.

Le voyage d’Alice en Suisse
De Lukas Bärfuss
Mise en scène de Yvon Lapous
Avec Nigel Hollidge, Yvon Lapous, Marilyn Leray, Florence Bourgès, Bertrand Ducher, Yvette Poirier
Jusqu’au 23 septembre 2011

Théâtre La Bruyère
5, rue La Bruyère, 75009 Paris
Réservations: 01 48 74 76 99
Site web

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