Théâtrorama

Comme nombre de ses spectacles depuis une dizaine d’années, Le socle des vertiges le dernier spectacle de Dieudonné Niangouna, déjà présenté à Avignon, ne fait pas exception. Grattant la plaie et hurlant de rage, chaque mot de ses textes nous entraîne dans la même spirale, celle des héritages déçus de la post-colonisation, dans un pays de guingois en proie au tribalisme et aux violences répétées qui assassinent la démocratie.

Né en 1976 à Brazzaville, Niangouna a 17 ans lorsque la première guerre civile éclate au Congo. Comme beaucoup de ses compatriotes ballottés, il va errer sur le territoire pour échapper aux milices, manquant même de peu d’être exécuté.
Comme pour exorciser la violence vécue, il propose un théâtre de l’immédiateté, de l’urgence qui met en scène ce pays ravagé par les séquelles de la guerre civile et les corruptions de tous ordres. Niangouna invente une langue française riche et généreuse, traversée par le lari, sa langue maternelle et orale, une langue vivante pour les vivants, affirme-t-il.

Dans ses pièces précédentes, Niangouna mettait en scène des monologues ou des duos, Le socle des vertiges marque un tournant dans son travail, dans la mesure où cinq comédiens et le régisseur se partagent le plateau.
La pièce raconte l’histoire de deux frères (Fido et Roger), le fils légitime et le renégat qui convoquent la femme qu’ils ont tous les deux aimée et la rivalité qui les oppose. Le tissu familial se déchire. Le socle de cette histoire est posé dans les quartiers les plus défavorisés de Brazza comme le quartier des Crâneurs et celui de Moulékê, macrocosme grouillant et anarchique, totalement gangrené par la drogue, la prostitution et la délinquance. L’histoire de ces deux frères ennemis est comme un contrepoint à la complicité artistique des deux frères Niangouna qui collaborent depuis le début sur la scène.

Une parole en éruption
Tout le plateau de la grande salle du Théâtre des Amandiers est utilisé dans sa totalité, un plateau nu, juste recouvert au fond d’une peinture écaillée, quelques cubes. Dans ce désert s’avance un homme habillé de haillons, un seau rempli d’une substance beige à la main, qu’il se renverse brutalement sur la tête. La violence de ce premier geste ouvre la parole. Une parole éruptive, vertigineuse, d’une grande inventivité poétique qui fait surgir toutes sortes de personnages. Les monologues succèdent aux dialogues dans une langue âpre qui inscrit l’histoire personnelle des deux frères dans la spirale de la violence du pays.

Toujours en mouvement, les personnages essaient de secouer l’incompréhension, revenant en arrière, avançant dans le récit, par ellipses pour tenter de sortir de ce cercle des vertiges. La scénographie de films d’animaux que l’on sacrifie et que l’on projette en boucle ajoute encore au vertige de ce socle qui fait tourner la manivelle de l’éternel recommencement et que l’on ne peut stopper.

Près de deux heures plus tard, on sort du spectacle abasourdi. On se sent un peu noyé parfois par les dialogues touffus, la projection systématique d’images un peu répétitives alourdit le spectacle qui aurait mérité des changements de rythmes dans les dialogues, pour permettre au texte de respirer.

Pourtant l’énergie du spectacle force l’attention et maintient le spectateur dans un éveil constant. Niangouna ouvre une fenêtre par laquelle tout peut pénétrer, famille, religion, histoire filiation et politique, langage châtié et ordurier, hargne et colère mais par où rien de bon ne peut sortir. De violence en violence, l’histoire a fini par se coincer.

[note_box]Le socle des vertiges
Texte et Mise en scène : Dieudonné NIANGOUNA
Avec Abdon Fortuné Khoumba, Ludovic Louppé, Papythio Matoudidi, Criss Niangouna, Dieudonné Niangouna et Ulrich N’Toyo.
Crédit photo: Pascal Victor[/note_box]

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