Théâtrorama

Moderniser : v.t. adapter, rénover en fonction de l’évolution des besoins et des tendances actuels.

Crédit photo Andy Parant

« Le Roi S’amuse » est une pièce en cinq actes écrite par Victor Hugo en 1832. Décriée dès sa première représentation à la Comédie française, elle peint un tableau acide des mœurs du XVIème siècle. Une fois n’est pas coutume, l’histoire se concentre sur le bouffon du roi, Triboulet, objet des moqueries des gens qu’il tente de divertir. Celui qui essaie tant bien que mal de masquer sa bosse et sa difformité se met alors à nu et partage ses sentiments, dévoilant son amour bienveillant envers sa fille. De son côté, le roi François Ier, obsédé patenté, amuse sa cour au Louvre, entouré de ses courtisans. Victor Hugo souhaitait, par l’intermédiaire du fou du roi, critiquer une classe décadente au pouvoir, loin des préoccupations du peuple. L’écho que trouve François Rancillac, metteur en scène et directeur du théâtre de l’Aquarium, dans l’actualité est donc une aubaine. Ainsi, il tente de répondre à la modernité du texte d’origine par une mise en scène tout aussi actuelle, sans oublier la dimension sociale qui sous-tend le propos.

Techno et Monstrueuse Parade
Les courtisans défilent sur de la musique techno et semblent tout droit sortis d’une publicité pour les costumes De Fursac. Quant à leurs déguisements, ils ne sont pas sans rappeler les monstrueux délinquants de « Orange Mécanique » film réalisé par Stanley Kubrick. En poussant la comparaison entre les deux œuvres, on s’aperçoit que d’un côté, la pièce dénonce les mœurs d’une période révolue pour trouver un écho dans l’actualité alors que, de l’autre, le film projetait un futur menaçant pour ne que trop étriller le présent. Deux procédés pour une seule fin, dénoncer par l’analogie.

Le décor est très réussi, évoluant au fil des sentiments et aventures de Triboulet. Le sol arbore de gigantesques fleurs rappelant une fois encore l’ancien et le moderne : la fleur de lys et le la griffe du contemporain Kenzo. La disposition des chaises, et des autres objets font eux penser aux colonnes de Buren du Palais…Royal. Le metteur en scène enfonce donc le clou, et parfois même un peu trop. Par exemple, pour souligner le changement de décors entre chaque acte, un air de musique classique, tel l’été de Vivaldi, est adapté à la guitare électrique. S’il ne l’avait toujours pas compris, le spectateur assiste à la modernisation d’une pièce classique.

Enfin, Denis Lavant, protégé du réalisateur Léos Carax, trouve un rôle d’anti-héros à sa taille, qu’il a l’habitude d’interpréter. Le comédien peut parfois agacer tant il s’accapare la scène. Néanmoins, son talent est indéniable et, comme le bouffon Triboulet, l’acteur se donne en pâture au spectateur qui se retrouve dès lors dans le rôle du voyeur, voire du courtisan. À l’autre bout du spectre se trouve une bande de jeunes comédiens qui semblent à l’instar de leur maître s’amuser. À vous d’en faire autant….

Le Roi s’amuse
Une pièce de Victor Hugo
Mis en scène par François Rancillac
Avec : Alain Carbonnel, Agnès Caudan, Linda Chaïb, Sébastien Coulombel, Vincent Dedienne, Yann de Graval, Denis Lavant, Charlotte Ligneau, Florent Nicoud, Robert Parize, Baptiste Relat, Pierre-Benoist Varoclier

Du 10 novembre au 12 décembre 2010
Du mardi au samedi à 21h
En matinée le samedi à 16h30 et le dimanche à 15h.

Théâtre de l’Aquarium
Cartoucherie
Route du Champ de Manoeuvre, 75012 Paris
Site web
Réservations : 01 43 74 99 61

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