Théâtrorama

Trois contes mixés, remixés, imbriqués. C’est déjanté, ça court dans tous les sens , ce n’est ni pour les grands, ni pour les petits, mais simplement pour tout le monde. Orchestré ici par une toute jeune compagnie et « déshabillé » par Alexandre Blazy. « Le Roi Nu » d’Evguéni Schwartz se joue pour quelques dates à Paris, avant de s’installer en juillet dans le cadre du Festival Off d’Avignon.

Ennemi du conformisme qui s’infiltrait dans la société soviétique des années 30, Schwartz écrit cette pièce qu’il adapte des « Habits neufs de l’Empereur », un conte d’Andersen. Cette première pièce est celle d’un insolent qui brave les foudres de la censure. Sous le masque du Roi Nu, apparaît la figure de Staline et celle de tout dictateur. Considérée dès sa sortie comme une charge contre l’hitlérisme, la pièce sera créée 23 ans seulement après avoir été écrite.

En s’attelant à ce projet, Alexandre Blazy inscrit sa mise en scène dans la lignée de « Shhh », sa pièce précédente, qui fit les beaux jours du Festival off d’Avignon en 2010,qui, en raflant de nombreux prix, dont le Prix du public Arte, le fit connaître du grand public. Dans son adaptation du « Roi Nu », Blazy choisit d’inclure deux autres contes d’Andersen – « La princesse au petit pois » et « La princesse et le garçon Porcher » – jouant avec humour sur les univers à la fois semblables et antagonistes de ces contes. Mis en parallèle, les deux royaumes : celui du père de la Princesse et le royaume du roi « d’à côté  » se font miroir et sont gouvernés par des monarques aussi ridicules l’un que l’autre dans leur despotisme prétentieux.

Rappelons brièvement le sujet. Henri est un garçon porcher, amoureux de la Princesse Henriette qui l’aime en retour. Mais le père de celle-ci décide de la marier au roi du royaume « d’à côté » contre son gré. Moche, tyrannique et satisfait de sa royale apparence, le roi du royaume « d’à côté » exige des habits neufs à toute heure de la journée. Échafaudant un stratagème, le garçon porcher finira par avoir raison de ce despote vaniteux. Aidé de son ami Christian, Henri décide de lui confectionner un habit que bien peu sont capables de voir…

Du conte au politique
Le conte « politique », imaginé par Schwartz, présente une forte charge souvent soulignée de façon réaliste dans d’autres mises en scène. Alexandre Blazy y échappe, tirant sa mise en scène vers l’imaginaire d’un conte revu et corrigé par les Marx Brothers et Charlot.

L’habit, le détail de l’accessoire, conduisent à l’essence de la fonction des personnages sans discours inutiles et dans un jeu minimaliste plein d’humour, tout en finesse et en précisions. « Gonflés de merveilleux » les costumes surdimensionnés et assez épais, certains comme décollés du corps, magnifient chaque personnage qui devient ainsi un point de jonction entre le merveilleux du conte et la réalité du pouvoir. Les comédiens surgissent entre des rideaux de tulle qui semblent tomber du ciel, offrant de multiples possibilités aux jeux de l’ombre et de la lumière. Le plateau ne reste jamais vide et le jeu des acteurs se fonde sur le principe d’un mouvement permanent. La pièce comporte une cinquantaine de rôles répartis entre cinq comédiens. Rien que ça ! Les changements s’opèrent dans la coulisse ou à vue en quelques secondes, avec une dextérité qui laisse rêveur .

La fable peut évoquer certaines dictatures actuelles, mais à aucun moment, la mise en scène très tenue et qui maintient en tension chaque séquence de l’histoire, ne cède à cette facilité. La recette annoncée spécifie bien « de prendre le conte dans le sens du poil sans y ajouter une once de morale … car ce n’est pas dans la recette ». « L’humour, la naïveté, un rythme proche de la samba plutôt que de la bossa nova, auquel on a ajouté de la générosité, de la fougue, de la folie douce, une pincée d’humour et de sel » suffisent à la réussite de ce conte pour enfants pas sages.

[note_box]Le roi nu
De Evguéni SCHWARTZ
Mise en scène : Alexandre BLAZY
Assisté de Camille Blouet
Avec Alexandre Blazy, Laurie Lévêque,Pierre-Étienne Royer,Florian Jamey, Baptiste Caillaud
Costumes : Noush Rouellan[/note_box]

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